"Souviens toi du vase de Soissons"
"Souviens toi du vase de Soissons". Ces mots, qui furent les derniers que je devais entendre avant d'expirer - la première fois - résonnent, encore aujourd'hui, à mes oreilles de 1539 ans alors que j'entreprends de rapporter ici quelques une des expériences qui ont été les miennes.
Je dois dire qu'après tout ce temps celles ci ont été nombreuses, mais celui qui penserait trouver ici des révélations métaphysiques susceptibles de bouleverser son existence, celui-là ferait fausse route. Je suis né il y a plus d'un millénaire, et je n'ai pas plus de réponses qu'un autre. Simplement, plus de questions...
Je suis un vieux soldat. Je suppose que l'opinion que vous vous faites de moi doit correspondre assez bien à ce que j'ai été alors que je servais Clovis, mon Roi, mon Général. Mais je ne me suis jamais reconnu dans le portrait, par ailleurs peu élogieux, que les livres d'histoire ont toujours colporté à mon endroit. Si je me suis opposé, une fois, à Clovis, ce n'était pas par matérialisme, ce n'était pas par envie. C'était... par courage!!! Clovis, avait toujours été pour nous l'incarnation des valeurs de partage qui toujours avaient été les nôtres. Certes ses mérites étaient-ils grands, mais il ne devait pas déroger à la loi du hasard qui prévoyait que le butin soit toujours réparti équitablement, personne ne songeant jamais ainsi à crier à l'injustice. Voilà que notre Roi que j'aurais par ailleurs suivi jusqu'en enfer s'arrogeait le droit de bafouer cette règle sacrée! Il remettait ce faisant en question toutes les valeurs qui nous constituaient, et notre monde, mon monde, s'écroulait... Les autres étaient prêt à le laisser faire, les uns par lacheté, les autres certainement poussés par une conception plus laxiste que la mienne de ce que devait être le Devoir, mais quoi qu'il en soit... oui, je fus le seul, et l'on sait ce qu'il est advenu... étrange leçon que celle-là, où l'on voit un homme se dresser au nom de ce qu'il croit et s'en retrouver injustement puni, jusqu'encore à nos jours où mon souvenir est souillé chaque fois que l'on me cite en mauvais exemple aux jeunes enfants, parce que l'on me prête des motivations que je n'avais pas, que l'on prétend faire de cet épisode une morale...
Ah! Enfin, ce fut là ma première désillusion, la première d'une longue série et peut-être la pire car elle m'a toujours pousuivi, me poursuit encore aujourd'hui... C'est l'histoire de ma vie... Enfin... Mais, je dois déjà vous quitter, je viens de sentir la présence d'un immortel, certainement l'un de mes vieux ennemis... Je suis de ceux qui mourraient pour une virgule, au figuré s'entend. Je me dois de rester vigilant. A bientôt donc... si encore cette fois je survis... Mais, le pire n'est jamais sûr...
Ecrit par Alex.