Sous Tout Autre Nom

"By Any Other Name", de Judith Hill

Traduit de l'anglais par Fanny Couturier





Cette fic est humoristique, lisez-la, elle est vraiment hilarante! Des scènes comme j'aurais personnellement adoré en voir dans la série! Merci à mes béta-lecteurs, comme d'habitude! Qu'est-ce qu'on deviendrait sans béta-lecteurs?
Oh, rien qu'un truc: la traduction de la chanson que chantonne Joe, que je ne peux placer dans la fic.
'Je lui ai dit que j'étais un fiasco avec les filles
Je suis comme ça depuis mille neuf cent cinquante-six!'
Feedback en français ici, je lui transmettrai, ou en anglais à Judith.
Enjoy!
Fan'





        "Je n'aurais jamais pensé voir ça!" Joe gloussa joyeusement. "C'est la maison qui offre." Il versa un Scotch serré à l'Ecossais boudeur et un autre pour lui-même.
        "Je dois être en train de perdre la main, Joe," dit Duncan, reposant son menton sur sa main et faisant la moue. "J'étais charmant! Je suis sûr que j'étais charmant!"
        "Tu en gagnes certaines, tu en perds d'autres. Hé, même moi j'ai mes jours sans!" Joe rit doucement en trinquant avec son ami. "Elle est toujours là."
        "Oui, eh bien, est-ce qu'elle regarde par ici?"
        "Non."
        "Alors à la tienne." Il souleva son verre et but la boisson forte.
        " 'I told her that I was a flop with chicks,'" chanta tout doucement Joe. " 'I've been this way since nineteen fifty-six!'" Il s'amusait énormément.
        "Ne remue pas le couteau dans la plaie!"
        "Je dois admettre qu'elle est canon. Elle est déjà venue ici. Une dame sympa." Joe fit claquer sa langue, un immense rictus traversant son visage. "Tu t'es planté là-bas. Elle a l'air être du genre trèèèèès difficile."
        "Peut-être qu'elle déteste les hommes. Ca doit être ça."
        Joe lui versa un autre coup. "Celui-là, tu le paies!" dit-il.
        Duncan soupira, haussa les épaules et avala. Tout comme il contemplait les caprices de son existence, l'alarme dans sa tête se déclencha et il se tourna vers la porte du bar. Quand il vit qui la franchissait, il se retourna vers son verre et haussa à nouveau les épaules.
        "Parlons de quelqu'un qui n'a jamais eu la main," murmura-t-il à Joe, qui rit.
        "Salut tout le monde!" les salua gaiement Methos. "Quoi de neuf?"
        "Tu n'as rien de plus utile à faire?" lui demanda Mac sans tourner la tête.
        "En fait, si, justement," répondit joyeusement Methos. "Mais j'ai besoin d'un service."
        "Je ne te prête pas d'argent."
        "Hmm, pas ce genre de service. Si tu me filais une bière, Joe?" La question avait à peine dépassé ses lèvres qu'une chope bien fraîche et mousseuse était poussée entre ses mains.
        "Alors, quel est ce service?"
        "J'ai besoin d'un rencard."
        "Pas avec moi, ah ça non!" dit Duncan avec une indignation feinte.
        "Oh, chéri, et moi qui comptais tellement dessus! Arrête ça, MacLeod. Je me disais que peut-être que tu connaîtrais quelqu'un qui serait libre pour une fête ce soir. On ne me laissera pas entrer seul, cette fois-ci. La dernière fois, ils ont dit que j'avais bu toute la bière, étais devenu grognon et m'étais assis dans la baignoire pour parler en latin au porte-manteau, toute la nuit."
        "C'était vrai?"
        "Comment le saurais-je? J'étais saoûl. Allons, tu dois bien connaître quelqu'un capable de me supporter pendant une nuit. Assez longtemps pour passer la porte et après elle est libre? Amanda n'est pas en ville."
        "Trouve-toi ton propre rencard." Duncan s'amusait pour la première fois de la journée.
        Joe donna un petit coup de coude à MacLeod, un éclat malicieux dans les yeux. Il hocha légèrement la tête en direction de la célibataire écoutant la musique en arrière-plan, celle qui avait si récemment été l'objet des intentions amoureuses de Duncan lui-même. Duncan commença à sourire. A peine capable d'endiguer son amusement croissant, il se tourna vers un Methos ne se doutant de rien, qui léchait alors un peu de mousse de bière de sa lèvre supérieure.
        "Quoi?" dit Methos, suspicieusement.
        "Il y a une dame là-bas, qui est assise seule. Elle m'a l'air assez solitaire."
        "Oh, non, MacLeod! Je ne vais pas parler à des étrangères. Je voulais juste un visage amical afin de marcher trois pas derrière moi et prétendre me connaître."
        "Désolé. Je ne connais personne qui t'apprécie assez."
        "Très bien." Methos reposa fermement la bière sur le comptoir. "Merci pour la bière, Joe. Je croyais avoir des amis ici."
        Joe sourit. "Qu'est-ce que c'est que ce 'Merci pour la bière, Joe'? Tu paies pour ça, mon 'ami'."
        "Ben alors, Joseph? Qu'est-ce qui se passe?"
        "La bière pourrait être gratuite." Joe appuya ses bras sur le comptoir et se pencha en avant, avec un air de conspirateur. "Tu te dégotes un rencard avec cette dame, et tu peux considérer que ton ardoise est effacée, mon pote."
        "Je l'ai payée hier, Joe, au cas où tu l'aurais oublié. Pourquoi tout ça? Pourquoi êtes-vous tous les deux si désireux que j'aille inviter cette femme? Je ne la connais même pas." Il regarda avec une suspicion grandissante un visage grimaçant, puis un autre.
        "Non, tu ne la connais pas," dit Duncan, son rictus s'élargissant. "Et elle ne te connaît pas. C'est comme ça que les rencards commencent, d'habitude."
        "Je n'ai pas besoin d'un rencard à ce point-là."
        "Oh, si. Sauf que je ne pense pas que tu puisses y arriver. Qu'en penses-tu, Joe?"
        "Oh, j'en sais trop rien, Mac. Je pense qu'il a quelque chose en lui, très profondément, quelque part. Je veux dire, je sais de source sûre qu'il n'est pas puceau, alors une dame ou une autre a bien dû craquer pour lui dans le passé, tu ne crois pas?"
        Duncan grimaça et reluqua Methos de la tête aux pieds. "Non, je ne pense pas qu'il puisse y arriver. Dix dollars qu'il se dégonfle."
        "Dix dollars!" répéta Methos avec une horreur feinte. "C'est une insulte."
        "Il a raison, Mac. C'est bien une insulte. Quinze qu'il sort d'ici avec elle à son bras."
        "Ca marche."
        "Oh, non, non, non, non, non," dit Methos, levant une main pour intimer le silence. "Qu'est-ce que je tire de tout ça pendant que vous deux vous amusez?"
        "Tu en tires un rencard avec une dame très sympathique," dit Joe.
        "Ou non," dit Duncan.
        "Je ne marche pas. Tout ce que j'ai à faire est de marcher jusque là-bas, dire 'Excusez-moi, madame, mais accepteriez-vous de m'accompagner à une fête déchaînée dans une pièce remplie d'étrangers,' elle dit 'Dans vos rêves', Joe te donne quinze dollars et je prends la porte, toujours sans rencard. Non, merci. Je ne me ridiculise pas sans que les mises soient un peu plus hautes que cela."
        "Mais tu es d'accord?"
        "Si les mises me conviennent."
        "Et que faudrait-il pour que les mises 'te conviennent'?" demanda Duncan, intrigué.
        Methos croisa les bras sur sa poitrine et fixa l'Ecossais sans ciller. "Tu vas en Italie le mois prochain."
        "Euh -- oui -- ?"
        "Le loft pour une semaine. Je fais tout ce que je veux avec."
        "Oh, non!"
        "Qu'est-ce qui te déplaît là-dedans, Mac?" demanda Joe, un peu surpris.
        "Tu auras besoin de quelqu'un pour le surveiller de toute façon."
        "Joe, tu n'as aucune idée de ce que tu suggères." Duncan parlait en serrant les dents, l'air très peiné. "La dernière fois qu'il est resté au loft pour une semaine, j'ai juré que je ne laisserai plus jamais cela arriver. J'étais prêt à prendre sa tête!"
        "Hmm, c'est vrai," dit Methos, hochant la tête. "Je m'en souviens. Je m'étais bien amusé."
        "A quoi?" demanda Joe, curieux.
        Duncan fronça les sourcils. "Il y avait du beurre de cacahuètes, de la gelée et des sandwiches à la purée de banane sous les coussins du sofa et des boîtes de pizza vides sous l'évier."
        "Amanda est arrivée à l'improviste. J'ai dû les cacher quelque part, et puis j'ai oublié."
        "Il a bousillé mes meilleurs draps."
        "L'évier a débordé."
        "Et? Dis-lui!"
        "Et bien, l'eau coulait et le bouchon était mis et le téléphone a sonné et ça m'a distrait... J'ai épongé avec la première chose qui m'est tombée sous la main, c'est-à-dire les draps, et je, hmm, je les ai mis dans le placard pour les enlever du chemin en attendant de faire une lessive..."
        "Et?"
        "Et je les ai oubliés."
        "Et ils ont moisi! Je ne les ai pas trouvés avant trois semaines! Ils puaient!"
        "Désolé, mais il était temps d'en racheter. Enfin, Amanda les a déjà tous vus!" Il baissa la tête juste à temps.
        "Hé, hé!" siffla Joe à Duncan.
        "Et quand je suis rentré à la maison, il faisait du roller dans le dojo!"
        "Superbe parquet!" dit Methos, se baissant à nouveau, juste au cas où. "Je peux vous demander quelque chose?" dit-il, se rapprochant à une distance plus discrète. "Quelle est la vraie raison de tout ceci? Joe? Il y a quelque chose que tu ne me dis pas!"
        "Joe!" grogna Duncan en guise d'avertissement.
        Joe se pencha vers Methos, grimaçant, et dit: "Mac s'est fait rembarrer par la dame en question."
        "Aha!" s'exclama Methos, gardant sa voix basse avec la plus grande difficulté, alors qu'un sourire s'étalait d'une de ses oreilles à l'autre. "Oh-ho! Tout ça vient de devenir beaucoup plus cher. Le loft pour un mois!"
        "Absolument pas! Hors de question!"
        "Comme tu veux," dit Methos, doucement. "Merci pour la bière, Joe. Je te paie demain!" Il balança sa veste sur ses épaules comme pour s'en aller.
        "A moins d'augmenter les enjeux à nouveau," dit Duncan, sûr de lui-même cette fois-ci. "Tu ne le feras jamais, et si tu le fais je me délecterai de chaque seconde!"
        "Quoi? Tu veux que je le fasse nu, ou quelque chose de tout aussi idiot."
        "Non. Je veux que tu le fasses à la Shakespeare!" Il avait à nouveau ce rictus.
        "Elle me trouvera ridicule!"
        "Elle te trouvera ridicule de toute façon, Vieillard!" remarqua Joe.
        "Un mois. Tout ce que tu veux."
        Methos cligna des yeux, pencha la tête, remua ses pieds, se pinça les lèvres, y réfléchit et dit: "Je vais le faire."
        "Oh, voilà quelque chose que je dois voir," dit Joe, gloussant.
        "En costume," ajouta Duncan.
        "Non! Je me tire d'ici!" Methos se tourna pour s'en aller, fermement décidé cette fois-ci.
        "Six semaines dans le loft!"
        Methos se retourna. "Non. Regarde mes lèvres, MacLeod! Non."
        "Pourquoi pas?"
        "Penses-y. Une ridicule culotte bouffante, des collants, un doublet, une fraise des plus stupides et une satanée braguette!"
        "C'est la braguette, n'est-ce pas?" Duncan se rassit et croisa les bras.
        "Evidemment que c'est la braguette! Je préfèrerais le faire nu. Deux cents ans à porter une braguette, MacLeod! C'est bien assez!"
        "Six semaines dans le loft, un frigo rempli, toute la bière que tu peux boire et je te loue la Mercedes de ton choix, avec de l'argent pour l'essence. Ma dernière offre. A prendre ou à laisser."
        Methos baissa sa tête en avant. "Oh, mince! Zut! Merde! Je vais le faire." Puis il se ragaillardit. "Tu ne peux tout simplement pas avoir un costume Elisabéthain sous le coude."
        "Non, mais il y en a un dans la voiture que je suis allé chercher au garage, pour un ami qui fait Hamlet samedi! Et il fait pile ta taille. On a tous un prix, hein?"
        "Je n'y crois pas! Tu m'as piégé!"
        "Pas vraiment, mais j'aime bien la façon dont ça se finit. Je vais aller à la voiture, je reviens dans quelques petites minutes." Il haussa les sourcils et se leva, se dirigeant vers la porte.
        Joe eut du mal à ne pas éclater de rire. "L'expression de ton visage!" bredouilla-t-il. "Je ne l'oublierai jamais, Vieillard!"


        Vingt minutes plus tard, dans les étroites limites du bureau de Joe, Methos fut déclaré magnifique et prêt pour sa représentation. La dame était toujours là, toujours seule. Duncan avait essayé de l'aider à attacher les diverses parties des vêtements, mais Methos l'avait repoussé à coups de pied et insisté pour faire cela seul, arguant qu'il avait plus d'une fois dû le faire en grande hâte et dans le noir, à cause du retour inattendu d'un mari cocu.
        "Pas de pentamètres iambiques. Je ne le fais pas en pentamètres iambiques."
        "Très bien. Je n'ai pas dit que tu devais parler comme Shakespeare écrivait, juste que tu devais parler comme à son époque."
        "Et je peux utiliser des citations, si je m'en rappelle?"
        "Ca ne me pose aucun problème. Superbes jambes!"
        "La ferme!" Methos poussa un court soupir.
        "Ok, laisse-moi une minute pour rejoindre mon siège et pour que Joe puisse faire faire une pause au groupe. Tu devrais avoir une assez bonne audience. J'aurai probablement besoin d'un bulldozer d'ici à ce que je revienne d'Italie, mais chaque minute en vaudra la peine."


        Methos observa attentivement les alentours, debout derrière la porte. La 'cible' était toujours là. Il ne l'avait en fait jamais bien regardée avant cet instant. Elle était jolie, mais pas ce qu'on appellerait éblouissante, probablement la trentaine passée, assez âgée pour avoir un peu roulé sa bosse. C'était une bonne chose. Il y avait moins de chances qu'elle se vexe et plus de chances qu'elle trouve cette comédie amusante. Au pire, elle lui rirait au nez ou l'enverrait au tapis. Il ne se sentait même pas si mal à l'aise que ça dans les habits, avec leur impression vaguement familière. Ils avaient été faits avec amour et précision, jusqu'au détail de la broderie du doublet. La douceur des tissus faits à la machine les rendait bien plus confortables qu'il ne se rappelait.
        En fin de compte, se souvint-t-il, durant le seizième siècle, il avait présenté une silhouette assez fringante, étant alors bien plus grand que la moyenne, sans marques dues à la petite vérole sur son visage et arborant une nette barbe noire. Il portait une boucle d'oreille alors, malgré le fait que le trou se refermait immédiatement et devait être repercé à chaque fois qu'il l'enlevait, et il avait finalement abandonné. Sa réputation auprès des femmes de l'époque avait été l'envie de tout célibataire et la terreur de tout mari. Il avait toujours pensé à cette époque comme à sa période 'romantique' et le souvenir lui donnait ce petit plus dont il avait besoin pour franchir la porte et se ridiculiser totalement. Ca pourrait même être drôle. Il prit une grande inspiration et se lança.
        Alors qu'il marchait aussi nonchalamment que possible vers la table de la dame, il prit douloureusement conscience du silence qui tombait sur la salle. Joe et MacLeod étaient dans leurs sièges de première classe au bar, attendant que la représentation commence. Les gens s'arrêtaient de parler quand ils le remarquaient, car qui aurait pu faire autrement, et on repoussait des chaises pour le laisser passer. Sa direction était devenue évidente au bout de quelques secondes et le visage de la 'dame en question', dont il avait oublié de demander le nom à MacLeod, prit un air de confusion et de surprise mélangées. Il avança fermement, essayant de se concentrer sur le rôle à venir. Un aspirant amant. C'est du gâteau. Va te faire voir, MacLeod!
        Il arriva à la table et s'inclina avec grâce.
        "Ma dame," commença-t-il, "ne me crois pas fou, je t'en implore bien humblement, je viens ainsi paré afin d'obtenir ta faveur sans pareille." Du coin des yeux, il put apercevoir une expression d'approbation surprise de la part des deux conspirateurs au bar.
        "Qu'est-ce que c'est que ça?" demanda la 'dame', désemparée. "Qu'est-ce qui se passe?"
        "Si je pouvais ne serait-ce que connaître ton nom, ma dame, mon entreprise en serait plus simple."
        "Quoi?"
        "Offre à mes oreilles, je te prie, le doux son de ton nom."
        "Ah, je comprends. Quelqu'un va me sauter dessus pour me dire que je suis à la Caméra Cachée?"
        Tirant une chaise, il essaya à nouveau. "Que nenni, ma dame, mais confie-moi ton nom et je le garderai précieusement."
        "Mon nom? Oh, eh bien, c'est Rose."
        Oh, c'était trop tentant. "Ce que nous appelons une rose..." Erreur.
        "...embaumerait autant sous tout autre nom. Oui, j'ai déjà entendu ça." Elle avait l'air de s'ennuyer!
        "J'implore ton pardon si tu me vois par trop effronté, douce Rose." Tiens-t'en au programme, bon sang!
        "Tout ça devient un peu farfelu." Elle rit nerveusement. "Qu'est-ce qui se passe?"
        "Mais rien, en tout honneur, belle dame Rose, je le proclame," dit Methos, essayant d'avoir l'air de s'excuser. Le silence autour de lui était assourdissant. "Je ne souhaite que te connaître," continua-t-il, aussi franchement qu'il le put, espérant que cela était assez Elizabéthain pour ses critiques aux aguets, avant de réaliser les implications du mot 'connaître' dans le 'sens biblique'. Les eaux étaient plus traîtres qu'il n'avait cru. "Que faire ta connaissance," se corrigea-t-il.
        "Eh bien, c'est une approche originale," répondit Rose, se détendant un peu, évidemment embarrassée d'être l'objet de l'attention de tous. Methos se sentit encouragé et insista. Elle ne lui avait pas encore dit d'aller se faire voir, au moins.
        "Si je pouvais m'asseoir avec toi un moment, tout serait bientôt clair," essaya-t-il.
        "Bien évidemment," dit-elle, souriant.
        Methos s'assit et leva un bras pour appeler la serveuse. Autant faire cela bien. Quand Gracie arriva, grimaçant un sourire, il demanda 'une bombonne d'elixir' avec un grand geste de la main. Gracie avait l'air mystifiée et Methos résolut le problème en désignant Joe du doigt, qui était presque plié en deux par l'effort déployé afin de garder un semblant de sérieux. Le sourire de MacLeod était assez large pour lui casserla mâchoire. Au grand soulagement de Methos, Rose rit.
        "Quel est votre nom?" demanda-t-elle.
        "Eh bien, ma dame, c'est Adam, pur et simple. Bien assez simple, et pourtant la pure vérité, je le jure. Je m'aventure à dire que tu n'as pas encore vu son semblable."
        "Je suis ravie de vous rencontrer, Adam, je crois." Elle souriait largement. "Vous n'étiez pas avec cet homme au bar?"
        "Ah, par tous les dieux, trahi! Certes, ma dame, cela est vrai. Tu as vu de tes propres yeux ce que je ne peux plus nier à présent. Ils sont mes compagnons, tous deux." Maintenant qu'il était assis et moins visible, l'intérêt des autres clients dans ce qui se passait s'était éteint, ce qui était un soulagement. Il souhaitait de tout coeur que Gracie arrivât avec le vin.
        "Ceci a-t-il à voir avec lui?" Elle n'était pas stupide.
        "J'entreprends mes propres poursuites," dit-il, levant presque les yeux au ciel à cause de l'inévitable incompréhension de cette phrase.
        "C'était un pari, n'est-ce pas? Vous faites ceci pour un pari!"
        "La vérité sera connue! Oui, ceci était une gageure, ignoblement scellée, et moi un coquin qui la remplit."
        "Ce n'est pas la peine de continuer, vous savez."
        Il rit. Comment disait-on 'fairplay' en Elisabéthain? "Ne fut-ce pas de la gaieté que j'entendis dans ta douce voix, ma dame? Pourtant je poursuivrai cette démarche, de peur que tu doutes de mes desseins ce faisant. Bien qu'à prime abord formé par plaisanterie, cela est vrai, l'intention de tout ceci était sans mal. En ferais-tu un jeu?" Il sourit d'un sourire qu'il espérait mesquin. "L'espièglerie se jouerait-elle d'eux?"
        "Vous suivre dans ce jeu?"
        Il haussa les sourcils et sourit largement. Gracie arriva avec du vin rouge et deux coupes que Joe avait dû sortir de Dieu savait quelle boîte à camelote oubliée. Elle rit en plaçant les coupes sur la table. Elle se pencha pour murmurer à l'oreille de Methos: "Duncan dit que tu te débrouilles bien." Puis elle ajouta, à haute voix: "Jolies jambes, mon mignon!"
        Methos prit comme un devoir de croiser ses jambes avec une évidence élaborée, ce qui amena au moins un sifflement d'approbation de quelque part dans la salle. Rose rit. Elle se trouvait être de bonne grâce, elle était même de bonne compagnie, et Methos se promit qu'il le lui revaudrait d'une façon ou d'une autre, une fois que ce jeu serait fini. En fait, peut-être qu'il changerait ceci en une authentique offre à dîner. Il se pencha un peu en avant et prit sa main dans la sienne.
        "Tu es excessivement belle, ô noble maîtresse." Il lui embrassa la main et elle plaça son autre main sur sa poitrine et battit des cils d'une manière exagérée, complétée par un rire de petite fille.
        "Gentil sire," dit-elle, un peu embarrassée, "je suis des plus flattées. Ce jeu me donne en effet grand plaisir. Continue, je te prie." Puis, dans un murmure: "Comment étais-je?"
        Methos lui lança un clin d'oeil encourageant. "Laisse-moi ne serait-ce que t'emmener loin de ce chahut, de ce repère pour âmes damnées, qui ne te sied certes pas, que je puisse t'entretenir de tes tendres paroles féminines, qui gagnèrent mon coeur à tel point que son battement encombre mes oreilles de son tonnerre."
        "Eh bien, messire, tes mots mielleux me touchent profondément et mon propre coeur palpite tel les ailes d'un oiseau. Allons, buvons ce vin en toute amitié." Elle s'habituait vraiment au rôle et se débrouillait très bien, pensa Methos.
        Ils prirent chacun une coupe, se penchèrent l'un vers l'autre, plongèrent leurs yeux dans ceux de l'autre et burent profondément. Elle rit quand un peu de vin goutta d'un coin de sa bouche. "Dis-m'en plus, Adam pur et simple, car ces paroles me font grand plaisir."
        "Te comparerai-je à un jour d'été? L'oeil de mon esprit voit bien le soleil caresser ton visage, affectant le rose qui s'y dissimule, le laissant ici épanouir sa fraîcheur. Le bleu de tes yeux donne bien honte au ciel d'été. Les oiseaux viennent en foule écouter la douceur de ta voix, qu'ils en soient instruits dans leurs chants. Tes lèvres, ah, quel trésor s'y terrant pique mon âme de sa gratuité, ma dame. Mais je n'admets aucune honte, car qui pourrait s'empêcher de rêver à la douceur de ton baiser. Ne pas en être ainsi frappé serait une insulte à telle perfection, bien que, de même, frappé muet, de peur que d'en parler ne soit offense à ton oreille. Mes doigts n'ont de cesse que de toucher la blancheur de ton visage, cette peau telle de la crème, d'où la lumière semble briller, de son intérieur même, je ne sais comment, pleinement magique, qui met flamme à mon coeur." Lançant un regard rapide vers le bar, il vit MacLeod faire semblant d'applaudir.
        "Tel discours si joli, messire, me touche bien plaisamment," dit Rose doucement, d'une timidité feinte. Methos réalisa qu'elle s'amusait à présent. Ca allait marcher! Il pouvait dire de nombreuses choses qui auraient résulté en l'empreinte d'une main sur son visage, dans des circonstances ordinaires. Cela allait vraiment se retourner contre MacLeod. Six semaines de plaisir, avec une superbe voiture. Quitte ou double!
        Impulsivement, Methos se mit à genoux, tenant toujours la main de Rose. "Ah, Maîtresse Rose, je dois à présent dénuder mon âme. Pense de moi comme il te plaît, que cela soit en mal et je serai satisfait, car de mon plein gré entreprends-je cette poursuite. Que cela soit sur ma propre tête, par conséquent, si tu choisis de jeter mépris sur mes désirs."
        "Parle, cher sire," répondit gracieusement Rose, "car je feindrais de connaître pleinement ce qui est dans ton coeur. Tu parles de désirs; tu n'es pas seul en cela, car je trouve ton visage avenant et ta manière plaisante."
        "Dans les termes de la gageure, où je me suis jeté fort précipitamment, à ma plus grande honte, je jure bien que l'affaire fut entendue que tu devrais m'accompagner ce soir à un rassemblement de joyeux amis, une affaire entendue sans ton propre consentement. Ce consentement, je l'implore à présent de toi, belle dame."
        Rose se pencha en avant afin que les observateurs au bar ne puissent entendre, révélant incidemment un décolleté éblouissant qui fit sortir les yeux de Methos de leur orbite. "Tu me demandes d'aller avec toi à une soirée, c'est ça?"
        "En vérité, là était l'affaire, ma dame," dit-il, incapable de détourner le regard.
        "Je viendrai," dit-elle doucement, à la plus grande surprise de Methos. "Mais il y a des conditions." Des conditions! Tout le monde avait des conditions!
        Methos soupira. "Mais nomme-les, dame!" Elle allait saisir sa chance. MacLeod, que tu sois damné!
        "Que tu continues les douces paroles et que tu gardes le costume!" Le visage de Methos s'assombrit. "Tu me dois bien ça," ajouta la femme, se penchant plus avant. "J'aurais pu te démolir mais j'aimais l'idée de montrer tout ça à ton ami. Qu'en dis-tu?"
        "Assurément, ma dame, cela est bien entendu! Tu as ma parole."
        "De plus," dit-elle, se penchant encore davantage afin de pouvoir murmurer dans l'oreille de Methos, "je suppose que tu as une de ces chemises si sexy en dessous de ce doublet fantaisiste, et j'adorerais avoir la chance de défaire tous ces petits cordons de cuir et voir ce qui en tombe!" A trois pouces de lui, elle observa l'expression ahurie de son ex-soupirant.
        Methos regarda en direction du bar, l'herbe tout juste coupée sous son pied. Il s'était fait avoir, pas par Joe, pas par MacLeod, mais par la dame elle-même! Comme le monde changeait! Quand bien même, il savait reconnaître une proposition quand il en entendait une, bien que ce soit la dernière chose à laquelle il se soit attendu. Il n'y avait plus qu'une chose à faire. Il saisit la tête de la dame, attira fermement sa bouche contre la sienne et lui donna tout ce qu'il avait. Ce fut rendu avec une égale ferveur. "Chez toi ou chez moi?" murmura-t-elle quand ils s'arrêtèrent pour respirer.
        Après avoir récupéré ses habits, sa veste et ses clés de voiture, Methos, le prix au bras, marcha nonchalamment jusque là où Joe et MacLeod se tenaient, la bouche ouverte.
        "Je ramènerai les fringues demain matin, MacLeod. Non, plutôt demain après-midi. Et, Joe, tu veux bien faire porter au loft cette boule à facettes disco qui ramasse la poussière à la cave? J'ai des projets!"



The End