Auteur : Lyrys-In-Love ( Lyrys_in_loveAyahoo.fr )
Genre
: Crossover Highlander / Le Caméléon
Notes
de l’auteur :
Disclaimer :
Résumé :
* Personnages présents : -
Immortels : Matthew McCormick, Ceirdwyn, Craig Ansten -
Guetteurs : Donna Scolder, Samuel Rivereaux, Martha Dahl, Klaus
Anderton, Sean Hannighan, Philip, Peter, Robert Sanders -
Journaliste : Davee Utson -
Le Centre : Miss Parker, Sydney, Broots,
Raines -
FBI : Grégory -
+ : Jarod * Structure de l’histoire : CHAPITRE I –
Des questions, aucune réponse CHAPITRE II
– Nuit agitée CHAPITRE III
– « Coopération » CHAPITRE IV
– Alliés, concurrents, ennemis EPILOQUE **** Des
questions, aucune réponse - Vous êtes ? demanda l’homme aux lunettes de soleil
en se redressant. C’était un jeune homme, la
trentaine, les cheveux sombres légèrement bouclés, et un visage gardant une
expression dure et concentrée. - Agent Spécial Jarod Hunter. Je suis… - Ah oui. Le profiler de la côte Ouest, cadeau de
Washington, le coupa l’homme en le dévisageant d’un air suspicieux. Un instant, Jarod se demanda si
sa couverture avait été percée à jour par un bug informatique ou quelque chose
d’autre. L’homme le fixa pendant quelques secondes d’un air inquisiteur. Il
sembla sur le point d’ouvrir la bouche pour dire quelque chose, mais il se
détourna finalement de lui, se replongeant dans la contemplation des lieux où
s’était déroulé le crime. - Matthew McCormick, se présenta finalement l’homme sans lui
adresser un regard, l’air perdu dans ses propres réflexions. C’est moi qui suis
en charge de cette affaire. - C’est ce que m’ont dit les policiers là-bas, dit Jarod
en désignant les personnes en uniforme chargées d’éloigner les curieux et
journalistes éventuels. Comme McCormick ne semblait pas
décidé à engager plus la conversation, Jarod ajouta : - Nouvelle victime du tueur ? - Une femme cette fois. Rachel Timothy. 32 ans. Mariée.
Gérante d’une galerie d’Art à Boston. Mêmes circonstances que les autres. Ca
s’est passé vers six heures du matin. Jarod observa le drap bleu sous
lequel il devinait le cadavre de la jeune femme. La terre était souillée de
sang. - Comment est-elle arrivée dans un lieu si reculé ?
On l’a enlevée ? - Il semblerait que non, soupira McCormick. Elle ne porte
aucune trace de violence, hormis la décapitation et les blessures par balles.
Et sa voiture se trouve garée en contre-bas. - C’est donc la septième victime… murmura Jarod. Matthew McCormick observa à
nouveau le profiler alors qu’il enlevait ses gants de latex. Il ne savait pas pourquoi une
petite alarme s’était allumée au fond de son esprit quand l’homme s’était
présenté. Il ne percevait aucune menace immédiate, ni rien de particulier
émanant de Jarod Hunter. Pourtant, au cours des siècles, il avait appris à se
fier à sa première intuition, la vie d’immortel avait cet avantage certain
d’apprendre à percevoir le danger avant qu’il ne se montre. - Eh ! Agent McCormick, je crois que vous devriez
venir voir ça ! s’exclama un des inspecteurs de la police locale en
surgissant des dessous des bois. Matthew n’aima pas son
expression. Jarod le suivit alors qu’il descendait le sentier pour s’engouffrer
dans les sous-bois, à la suite du policier. Une jeune femme se tenait à côté
du corps d’un homme d’une quarantaine d’années. Un fil de fer enserrait le cou
du cadavre, et à la manière dont sa tête était posée, Matthew devina que sa
nuque avait été brisée. - Génial, murmura-t-il en contemplant la probable huitième
victime du tueur des sous-bois comme la presse l’avait surnommé. Jarod s’était déjà approché du
cadavre. En enquêteur averti, son regard enregistrait chaque information. Il
souleva le bras droit du mort, et sa main passa dans sa veste à la recherche
d’une identification. Il en retira un portefeuille. - James Ganderson. Anglais, déclara-t-il en exhibant un
passeport. Mais Matthew ne fit pas
attention à ce qu’il lui tendait. Ses yeux s’étaient arrêtés sur le poignet de
l’homme. Un tatouage. Et pas n’importe quel tatouage. Qu’est-ce que Ceirdwyn
avait dit ? Un symbole bleu, un cercle avec trois barres. Se pouvait-il
que… ? Depuis les révélations de Ceirdwyn, il s’était fait à
l’idée de l’existence des guetteurs, mais il n’en avait jamais rencontré. En
faisant attention, il aurait probablement pu repérer une filature, mais l’idée
même de rencontrer des personnes qui en savaient sur son compte autant - si ce
n’est plus - que lui, le rebutait plus que tout. - Cet homme n’a pas été décapité. C’était peut-être un
passant qui a surpris le meurtre… murmura Jarod alors qu’il fouillait le corps
à la recherche de plus amples informations. - Probablement. Je veux que l’équipe scientifique passe
ces mètres carrés au peigne fin, ordonna Matthew. Si le tueur s’est fait
surprendre, peut-être qu’il a pris moins de précautions que d’habitude. Il s’éloigna, Jarod à sa suite. - Vous avez une piste pour le moment, Agent
McCormick ? - Pas la moindre. C’est d’ailleurs pour ça que Washington
vous envoie, non ? Jarod s’efforça de ne pas
grimacer. Il n’avait pas besoin que l’hostilité d’un agent qui le considérait
comme un rival vienne compliquer un peu plus cette affaire. Il connaissait
Riley Vanhoven, la troisième victime. Ou plutôt, il avait effectué une
simulation très étonnante mettant en scène cet homme quand il était au Centre.
Les informations qu’il avait dû intégrer pour cette expérience n’avaient cessé
de le hanter depuis, lui laissant tellement de questions sans réponse
auxquelles Sydney avait été bien incapable d’apporter un début d’explication,
lui affirmant seulement qu’il s’agissait d’un projet de Raines. Riley Vanhoven
s’était fait tirer dessus lors d’un hold-up qui avait mal tourné. Les deux
balles l’avaient tué sur le coup. Mais quelques minutes plus tard, il
s’enfuyait de la banque lors de l’assaut de la police. C’était comme si cet
homme avait ressuscité. Il n’en fallait pas plus pour attiser la curiosité du
Centre. D’après ce que Jarod savait, Raines n’avait pas réussi à remettre la
main sur l’homme – Riley Vanhoven devait avoir suffisamment d’expérience pour
savoir se faire oublier. Il y a dix jours, quand il avait vu son visage sur les
chaînes d’informations, il avait tout d’abord cru à une erreur ou à un jumeau
caché. Pourtant, il était sûr maintenant qu’il s’agissait bien du même homme
tué lors du hold-up et qui avait réussi à s’enfuir. - Vous n’avez trouvé aucun lien qui pourrait unir toutes
ces personnes ? Une très longue ligne de vie. - Non. Elles proviennent toutes de milieux différents, de
lieux différents. Elles n’exerçaient pas d’activités professionnelles que l’on
puisse rapprocher. Le tueur ne semble pas agir de manière logique. - Peut-être fréquentaient-elles les mêmes endroits, un ami
commun à toutes ? - On a lancé des appels à témoin, interroger les proches…
Aucun résultat. Et le tueur ne laisse rien derrière lui, mis à part l’épée qui
a servi à la décapitation. Les analyses sur les épées ont montré que le sang de
la victime n’était pas le seul présent sur les lames. - J’ai lu ça. La plupart étaient de véritables antiquités
qui valaient une petite fortune. Or, on a pu établir que l'épée qui a servi à
la décapitation de quatre des victimes appartenait à ces même victimes. Cela
peut constituer un dénominateur commun. - Quoi ? Amateur d’antiquités ? railla Matthew
en ouvrant la portière de sa voiture. Je vais interroger le mari de Rachel
Timothy, vous voulez venir étayer vos hypothèses ? Jarod acquiesça, jugeant prudent
de ne pas relever le ton agressif et la façon dont McCormick avait balayé son
hypothèse d’un revers de main. Jarod n’était pas dupe. L’agent du FBI avait
fait ce lien avant lui. Il était même quasiment certain qu’il en savait plus
qu’il ne le disait sur ces meurtres. Il prit mentalement note de se renseigner
à son sujet. Le siège de la branche du FBI de
Boston se trouvait à une petite heure de route du lieu du crime. McCormick était peu loquace, et
il passa une grande partie du trajet au téléphone. Jarod en profita pour relire le dernier rapport officiel
du FBI sur les meurtres du tueur des sous-bois. Mis à part l’attrait des victimes
pour les antiquités, et plus précisément pour les épées, il n’y avait rien que
l’on puisse recouper entre elles. Pourtant, Jarod remarqua que toute mention
relative aux épées semblait avoir été volontairement bannie du rapport. Elles
apparaissaient en tant qu’arme du crime, mais de manière très marginale. Jarod
repensa à la réaction sur la défensive de McCormick quand il avait parlé des
épées comme dénominateur commun. Il avait l’étrange impression que l’agent du
FBI s’efforçait volontairement d’étouffer certains aspects de l’affaire. Alors qu’ils entraient dans le
parking souterrain des bureaux du FBI, McCormick sembla se souvenir de
l’existence de Jarod. - Alors, vous avez trouvé quelque chose qui aurait échappé
à tout le monde dans ces rapports ? s’enquit-il en garant sa voiture. - J’en reviens toujours aux épées, répondit, de la voix la
plus innocente dont il était capable, Jarod. C’est la seule chose en commun que
paraissent avoir toutes les victimes. McCormick sembla agacé que Jarod
remette le sujet sur le tapis. - Seules quatre possédaient effectivement une épée. Pour
les autres, nous n’en savons rien. Et puis même, posséder une épée ne peut pas
constituer un dénominateur commun au sens propre dans la mesure où il faudrait
des interactions entre chaque propriétaire. Or, seules deux épées ont été
achetées à deux antiquaires différents. Les autres identifiées proviennent
d’héritages. Jarod paraissait être parti sur
la piste des épées. Matthew sentait sa nervosité croître. Il était maintenant
tout à fait persuadé que l’agent Hunter était quelqu’un de très capable, qui
allait mettre son nez dans son enquête avec la volonté de la résoudre. Et
Matthew n’appréciait pas l’idée qu’une personne comme lui s’approche trop prés
d’histoires concernant des immortels. Dieu sait ce qu’il pouvait découvrir… - Matthew ! appela derrière eux une voix alors qu’ils
s’engouffraient dans l’ascenseur. Un agent d’une quarantaine
d’années se précipita et réussit à rentrer avant que les portes ne se
referment. - Le rapport préliminaire sur la vie de Rachel Timothy,
lança-t-il en brandissant un dossier jaune comme un trophée, le souffle court,
cherchant à retrouver son souffle après le sprint qu’il avait piqué. - Rien d’intéressant, je parie ? soupira Matthew en
le prenant. - Pas tout à fait. Il y a trois ans, les flics l’ont
arrêtée alors qu’elle paraissait se battre en duel avec une épée, avec un autre
gars, dans un square. Matthew jura intérieurement. Il
n’en fallait pas plus pour étayer la thèse de l’agent Hunter. Comment un
immortel pouvait-il être assez stupide pour se faire surprendre par la police,
et, qui plus est, se faire arrêter ? - Dénominateur commun, murmura à côté de lui Jarod, l’air
de passer en revue toutes les hypothèses qu’une telle déclaration pouvait
engendrer. Matthew classa définitivement
l’agent Hunter comme un problème supplémentaire dans une enquête qui n’en
manquait déjà pas. - Ah, au fait, le mari est dans la pièce B26, lâcha
Grégory alors que l’ascenseur atteignait le bon étage. - OK, répondit Matthew sans prêter attention à son
auxiliaire. Il était parfaitement conscient
de la réputation de personnage antipathique qu’il nourrissait au sein du
service, mais aujourd’hui, il n’était vraiment pas d’humeur à tenter de la rectifier. - Merci, entendit-il Jarod dire derrière lui alors qu’il
jetait un coup d’œil sur les messages qu’on lui avait laissé depuis le début de
la matinée. Ils n’allaient vraiment pas
s’entendre. Le mari de Rachel Timothy, Andy
Timothy, était un homme d’une quarantaine d’années, en pleine forme physique
s’il fallait en croire sa masse musculaire impressionnante, mais qui avait
l’air totalement perdu. Ce contraste saisissant entre l’apparence physique
qu’il entretenait et l’expression de son visage atteint Jarod en plein cœur. Il
aurait voulu montrer de la compassion envers ce pauvre homme dont l’univers
venait de s’effondrer. Mais compassion ne devait pas faire partie du
vocabulaire de McCormick, car l’agent du FBI, bien qu’ayant perdu une partie de
l’agressivité avec laquelle il s’adressait à Jarod, attaqua l’interrogatoire
sans prendre de gant. - Monsieur Timothy. Je suis l’agent McCormick, et voici
l’agent Hunter. Nous sommes chargés de l’enquête sur l’assassinat de votre
femme. Nous aurions quelques questions à vous poser, si vous êtes, bien sûr, en
état de répondre. C’était une formule de pure
rhétorique. Andy Timothy fut seulement
capable d’acquiescer, la gorge nouée par un sanglot mal refoulé. Matthew s’en voulut de se
montrer aussi insensible à l’encontre de ce pauvre homme qui ne méritait pas un
tel traitement. Mais il ne changea pour autant pas son angle d’attaque. - Quand avez-vous vu votre femme vivante pour la dernière
fois ? - Hier soir… Je travaille de nuit, trois fois par semaine.
Je suis parti aux alentours de huit heures. Elle m’a dit qu’elle devait partir
tôt le lendemain et qu’il y avait un repas prêt dans le micro-onde … Ce souvenir sembla trop dur pour
Andy qui éclata en sanglot. Il s’efforça sans grand résultat de retrouver une
contenance. - Monsieur Timothy, nous comprenons parfaitement que c’est
un moment très difficile à surmonter pour vous, mais il est nécessaire que nous
en apprenions le plus possible si nous voulons retrouver l’assassin de votre
épouse, déclara Matthew en essayant de prendre une voix rassurante tandis
qu’une question le taraudait. Savait-il pour l’immortalité de
sa femme ? Si oui, il pouvait omettre volontairement des détails pour
éviter que le secret ne soit percé. Des détails nécessaires à l’enquête. - C’est le tueur des sous-bois qui l’a tuée ? - C’est la piste que suit l’enquête actuellement. - Il a déjà tué six autres personnes… - C’est exact. Votre femme ne vous a donné aucune
indication sur l’endroit où elle avait l’intention de se rendre ? Avec qui
elle avait rendez-vous ? - Non. Mais elle était libre de faire ce qu’elle voulait.
Je suis pas… - Monsieur Timothy, c’était une simple question, le coupa
Matthew, voulant éviter qu’il ne s’épanche à nouveau dans ses souvenirs et ne
se remette à pleurer. Est-ce qu’au cours de ces derniers jours, il se serait
passé un événement inhabituel ? Un détail qui aurait attiré l’attention de
votre épouse ? - Non… Non… Je… Rien de spécial. Ca a été un début de
semaine normal. Matthew comprit qu’il n’en
tirerait rien de plus pour aujourd’hui. Le regard que lui lança Jarod le
conforta dans cette opinion. - Très bien. Ecoutez, une voiture va vous reconduire chez
vous. Si jamais vous vous souvenez de quoique ce soit, du moindre détail,
appelez-moi à ce numéro, à toute heure. Il lui tendit sa carte de
visite. L’homme la mit dans sa poche sans même y jeter un coup d’œil. - Agent Hunter, vous pouvez commencer à éplucher le
rapport préliminaire, je vais trouver une voiture pour raccompagner Monsieur
Timothy. Jarod hocha la tête avec la
désagréable impression que McCormick l’écartait volontairement pour se
retrouver seul, sans micro, avec Andy Timothy. Il aurait voulu demander au mari
si sa femme possédait bel et bien une épée, mais il était vraiment trop secoué
et Jarod n’avait pas le cœur de lui imposer une autre épreuve. - Vous venez, Monsieur Timothy ? lança McCormick
toujours aussi insensible à la douleur de l’homme. En passant devant Grégory,
Matthew lui demanda s’il pouvait raccompagner Timothy. L’agent acquiesça, mais
comme il allait les suivre dans l’ascenseur, Matthew l’arrêta. - Récupère-le devant le siège, je vais essayer de voir si,
en dehors de tout formalisme, il peut se souvenir de quelques détails. Laissant un Grégory perplexe
planté là, Matthew appuya sur le bouton de fermeture des portes de l’ascenseur.
Il était décidé à bluffer pour parvenir à savoir si oui ou non, Timothy était
au courant de la véritable nature de sa femme. - Monsieur Timothy, murmura-t-il alors que l’ascenseur
descendait. Je connaissais votre épouse. - Ah oui ? s’étonna Andy en fronçant légèrement les
sourcils. - Nous étions de vieilles connaissances, affirma Matthew
en espérant qu’Andy tiquerait sur l’adjectif employé. Ce qui ne manqua pas. - « Vieilles » ? Vous êtes comme
elle ? - Notre dernière rencontre remontait à plus de temps que
l’on ne pourrait l’imaginer aux premiers abords, confirma prudemment Matthew. Andy devint soudain beaucoup
plus loquace. - Je savais que ça pouvait se produire à tout moment. Je
sais qu’il ne peut en rester qu’un, mais, elle avait déjà tant vécu, je ne pensais
pas que je lui survivrais ! Il était sur le point de
recommencer à pleurer. - Nous sommes comme n’importe quel mortel, la mort peut
nous faucher à tout moment. - C’est injuste ! - Personne n’a jamais dit que la vie était juste. Ecoutez,
est-ce que vous avez omis quelque chose durant votre interrogatoire ? - Non. Enfin… Elle m’a dit qu’elle avait un combat ce
matin. Un immortel qu’elle n’avait encore jamais rencontré. Ils s’étaient
croisés dans la rue alors qu’elle rentrait à la maison, et il lui avait donné
un rendez-vous, tôt, le matin suivant. Prés des bois. Là où son corps a été
retrouvé probablement. - Elle ne vous a dit aucun nom ? - Aucun. Je ne crois pas qu’elle le connaissait
d’ailleurs… On m’a dit qu’elle avait été tuée par balles… Ce n’est pas… - Elle a été tuée par balles. Puis ensuite décapitée. - Mais c’est contre vos règles ! - Ce n’est pas un des nôtres qui a fait ça. - Com…? - Le corps n’a pas été déplacé, et il n’y avait aucune
trace de quickening. - Mais alors, comment ? Je ne comprends rien. - Moi non plus… murmura Matthew. Il avait la confirmation qu’un
immortel était bien derrière tout ça. Mais les motivations de ce dernier
demeuraient un mystère. Tout comme le - ou les - mortel avec qui il devait
faire équipe. L’ascenseur s’ouvrit sur le
rez-de-chaussée. Matthew invita Andy à le suivre en dehors du bâtiment. Grégory
allait bientôt arriver. - Vous allez arrêter ceux qui sont derrière tout ça ? - Oui. - Les victimes du tueur des sous-bois sont toutes des
immortels ? demanda encore Andy. Matthew hésita à répondre. Le
fait qu’il ait révélé son immortalité avait semblé vaincre toutes les défenses
d’Andy, et toutes ces questions finissaient par le rendre nerveux. Rachel
n’avait-elle pas mis en garde son mari en lui recommandant la prudence face à
ces congénères ? - Pas toutes. Mais une partie, oui, répondit vaguement
Matthew ne voulant pas se lancer dans des explications plus précises. La voiture de Grégory tourna au
coin de la rue et vint se garer devant le bâtiment, en double file. - Voilà votre chauffeur, lâcha Matthew. Bonne chance pour
la suite. Si vous vous souvenez de quoique ce soit… - Je vous appelle. Au revoir. Et merci… En le regardant s’éloigner,
Matthew songea que cet homme n’était décidément vraiment pas assez méfiant. Tenu à l’écart par McCormick,
Jarod s’était résolu à se plonger dans le rapport préliminaire sur la mort de
Rachel Timothy. Une question ne cessait de trotter dans sa tête : est-ce
que les autres victimes étaient comme Riley Vanhoven ? Il avait vu au Centre
une vidéo de ce même homme dans les années soixante. Pas une ride en plus, pas
un cheveu en moins : c’était le même homme. Peut-être qu’en effectuant des
recherches sur les antécédents des autres victimes, il trouverait la même
chose. Il prit son téléphone et enclencha
l’appel automatique. On décrocha à la deuxième sonnerie. - Allô ? - Sydney, vous vous souvenez du projet L-67 ? - Jarod, je suis heureux de t’entendre. Je m’inquiétais
depuis la dernière fois. - L-67, Sydney, pressa
Jarod. - L’homme qui avait ressuscité ? - Exact. - C’est bizarre que tu m’en parles parce que circulent des
rumeurs au Centre en ce moment. - Quel genre de rumeurs ? - Sur L-67. L’homme a été retrouvé mort décapité dans le
New-Jersey. Mais je suppose que tu es déjà au courant, sinon tu ne m’en
parlerais pas. - Quoi d’autre ? - D’après Broots… - Pourquoi est-ce que Broots s’intéresse à cette
affaire ? - Miss Parker s’intéresse à tout ce qui peut préoccuper
Raines et que l’on s’efforce de lui cacher. - Ok, murmura Jarod, acceptant la réponse de Sydney.
Qu’est-ce que Broots a découvert ? - Que les autres victimes du tueur des sous-bois semblent
avoir eu, elles-aussi, une très longue vie. Raines fait enquêter sur leur
passé. Et il semblerait qu’elles se succèdent à elles-même depuis quelques
générations. On a retrouvé des photos datant de plusieurs décennies avec elles
sur le papier… Raines a mis ses plus fins limiers sur l’enquête. - Et que fait Miss Parker ? - Au départ, elle ne croyait pas en la théorie échafaudée
par Raines. Mais depuis qu’elle a vu la bande vidéo du hold-up et la
résurrection, je dirais qu’en dépit de ses dénégations, cela la fascine. - Miss Parker aurait donc des sentiments humains… - Tu t’intéresses à cette affaire, Jarod ? - Au revoir, Sydney, fut la seule réponse de Jarod alors
qu’il raccrochait. McCormick venait d’entrer dans
le bureau. - Vous avez trouvé quelque chose d’intéressant ?
demanda-t-il. - Rien de nouveau, répondit Jarod en s’efforçant de caser
les informations que Sydney venait de lui donner, à part dans sa tête. Pour l’instant, il ne voulait
pas partager ces renseignements pour le moins étonnants avec son confrère du
moment. McCormick cachait des choses, et s’efforçait d’orienter l’affaire loin
des épées et de tout ce qui pourrait en découler. Tant qu’il n’aurait pas
résolu le pourquoi de cette réticence, Jarod ne se sentait pas suffisamment en
confiance pour oser évoquer la véritable nature des victimes. Enfin, celles qui
avaient été décapitées, parce que l’homme étranglé avec un fil de fer ne devait
pas être comme elles. Il en était certain. **** CHAPITRE
II Nuit
agitée - Donna ! hurla une voix. Une femme rêche, à la jeunesse
déjà passée, se retourna pour voir qui pouvait bien hurler son nom de cette
manière. Elle avait eu une journée très éprouvante et ses nerfs étaient à vif. - Je viens d’apprendre. C’est vrai pour James ?
s’enquit un jeune homme, la trentaine, en la rattrapant sur le pas de son
bureau. - Son corps a été retrouvé prés de celui de son
immortelle, confirma avec douleur Donna. Elle connaissait James depuis
plus de dix ans maintenant, et la proche domiciliation de leurs immortels
respectifs leur avait permis de nouer de solides liens d’amitié. - C’est pas vrai… On n’a toujours aucune des nouvelles des
guetteurs des six autres immortels. - Je sais. Ils ont probablement subi le même sort que
James. - Mais on n’a pas retrouvé leur corps. Ca n’a pas de sens. - Peut-être que cette fois-ci, il n’a pas pu se
débarrasser du cadavre comme il le voulait. Quand le corps de Rachel Timothy a
été découvert, elle n’était pas morte depuis plus d’une demi-heure… - Où en est l’enquête ? - Sam ! s’énerva Donna, brusquement récalcitrante à
donner des indications sur le rapport qu’elle allait envoyer au QG européen des
guetteurs. - On est tous concernés ici. Donna était pleinement
consciente que cette affaire les touchait de prés, et que cela méritait une
légère entorse à la procédure qui voulait que, dans ce type d’affaire, elle en
réfère d’abord à Paris. Sam se disait probablement la
même chose, et c’était pour ça qu’il insistait tout en connaissant parfaitement
sa volonté d’appliquer toujours à la lettre les règlements. - Un nouvel enquêteur dépêché par Washington est arrivé ce
matin. - C’est bon ou mauvais, ça ? - Mauvais si j’en crois la réaction de McCormick. Cet
enquêteur est peut-être un petit peu trop clairvoyant pour notre bien-être à
tous. Il a tout de suite accroché sur les épées. Et McCormick a passé une
grande partie de la journée à tenter de le détourner de cette fixation. Sans
grand résultat. Rachel Timothy avait été arrêtée par la police au cours d’un
duel, il y a trois ans. - Aïe. Cette histoire ne sent vraiment pas bon. Si le FBI
commence à creuser un peu trop, même la meilleure des couvertures risque de
sauter. - Le problème actuel, ce sont les journalistes. - Ils inquiètent beaucoup Paris ? - Beaucoup est un euphémisme. Ils cherchent, de leur côté,
dans le passé des victimes. La couverture de deux des immortels ne tiendra pas.
Leur changement de nom ne tient pas la route. Et ils n’ont même pas pris la
peine de s’inventer un passé cohérent et solide. - Il y a un risque réel qu’ils découvrent des choses
qu’ils ne devraient pas ? - Oui. Sam crispa ses lèvres.
L’inquiétude chez les guetteurs augmentait au fil des jours. En plus de
craindre pour leur vie, ils devaient craindre aussi quelque chose qui, par
certains côtés, était pire pour les survivants : la découverte des
immortels, et par ricochet des guetteurs. Des millénaires d’un patient travail
qui risquaient d’être réduits à néant en quelques jours. - Est-ce que McCormick sait pour les guetteurs ?
demanda-t-il. - Sam, contrairement à ce que certains évènements récents
pourraient te faire croire, les immortels au courant à notre sujet constituent
une très très faible minorité… - Oui, mais certaines rumeurs disent que Macleod en aurait
parlé à Ceirdwyn. Et donc… Il n’osa pas aller au bout de
son raisonnement en observant le regard que son aînée lui lançait. Il se
rappela trop tard que Donna avait fait partie des guetteurs qui s’étaient
prononcés contre la ré-intégration de Joe Dawson dans l’organisation, après
l’épisode Galati. - Ce que je voulais dire, c’est que le corps de James a
été retrouvé. Peut-être avec des chroniques sur lui… murmura-t-il en baissant
les yeux. - Ce n’était pas un nouveau. Il était loin d’être
imprudent. Fin de la discussion, Sam. Le jeune guetteur s’en voulut
d’avoir fait une gaffe pareille. La porte du bureau de Donna se referma devant
lui, indiquant qu’il n’était plus le bienvenu. Davee Utson poussa un cri de
joie en découvrant les fruits de ses recherches. Elle le tenait enfin son
scoop. Et pas n’importe quel scoop ! Non seulement l’identité de deux des
victimes était fausse, mais, en plus, on retrouvait la trace de ces deux
victimes tout au long du siècle qu’elles semblaient avoir passé sans prendre
une ride. Encore incrédule devant une
telle découverte, elle se replongea à nouveau dans les divers rapports
graphologiques, émanant de plusieurs instituts réputés de la côte Est, qui
confirmaient ce que lui indiquaient trois photos prises au début des années 50.
Richard Lee et Riley Vanhoven étaient bien plus vieux qu’ils ne le laissaient
paraître ! Un instant, elle se plongea dans les implications qu’un
tel scoop pouvait avoir. Des gens qui ne paraissaient pas vieillir circulaient
tranquillement, comme n’importe qui, à la surface du monde. Ils avaient
peut-être été là lors de la guerre de Sécession ou encore la guerre
d’indépendance… Et peut-être même avant, puisqu’ils ne semblaient pas
vieillir ! Elle avait lancé des recherches pour les autres victimes,
mais pour l’instant, elle avait abouti à une impasse de ce côté-là. Il n’y
avait rien pour corroborer le passé de ces personnes – un incendie, un bug
informatique ou autre événement similaire avaient fait disparaître toutes
preuves – mais rien non plus pour l’infirmer. Pourtant, elle était persuadée
que si elle parvenait à trouver quelque chose, cela ressemblerait à ses
précédentes découvertes sur les deux autres victimes. Quel scoop !
jubila-t-elle à nouveau. Pas étonnant que le FBI ne
trouve aucun rapport entre les victimes. Qui pourrait imaginer une chose
pareille ? Cela dépassait tout ce qu’un esprit rationnel, et a fortiori un
esprit façonné du FBI, pouvait imaginer. Plus que son rédacteur en chef ne
pouvait imaginer aussi probablement. Mais elle avait monté un dossier en béton,
détruisant minutieusement l’identité des deux victimes, et rassemblant toutes
les preuves qui s’accumulaient pour venir étayer sa théorie : des lettres
plus ou moins anciennes, avec les rapports graphologiques, les fameuses trois
photos – une de Richard Lee et deux de Riley Vanhoven. Son patron allait devoir
la croire. Quel scoop ! s’écria-t-elle
à nouveau intérieurement. Sa carrière allait faire un
bond fulgurant. Avec un tel article, elle allait décrocher un Pulitzer ! Un signal d’alarme se déclencha
dans un bureau de Manhattan ( NYC ), QG des guetteurs de la côte Est
américaine. Les deux informaticiens, absorbés par le match de basket, ne
réagirent pas immédiatement. Enfin, l’un d’eux prit sur lui de se lever, et
alla vérifier ses machines. - Merde, lâcha-t-il en s’installant précipitamment à son
bureau. - Qu’est-ce qui se passe ? demanda son compagnon en
se levant à son tour. - On a un problème. Il lui montra l’origine du
signal. L’autre grimaça en comprenant. - J’appelle Sanders. - OK. Je vais tâcher d’en savoir plus. Une personne avait suivi une
des combinaisons d’url placées sous surveillance par les guetteurs. Une
personne qui devait être à la recherche du passé de Richard Lee… Et, jura intérieurement
Philip en découvrant l’étendu des dégâts, pas seulement Richard Lee. Quelqu’un
se renseignait sur le passé des immortels tués au cours des quinze derniers
jours par celui que la presse appelait « le tueur des sous-bois ». Et
ce quelqu’un, vu son mode d’investigation, ne pouvait être qu’un journaliste.
De gros ennuis en perspective. Philip se concentra sur son
ordinateur pour tâcher de découvrir l’adresse IP de ce curieux. Au même moment, dans un hôtel
de Boston, une autre personne était, elle aussi, penchée sur son ordinateur.
Jarod avait pénétré dans les dossiers du Centre. Ce que lui avait dit Sydney
indiquait que le Centre s’intéressait très fortement à l’affaire. Dans ce cas,
pour trouver des informations, la meilleure source serait probablement les
fichiers du Centre. Et il semblait bien qu’il ait
eu raison. Les hommes de Raines avaient
monté un impressionnant dossier sur chacune des victimes. Ils avaient réussi à
trouver, à chaque fois, des références à une vie antérieure, sous un autre nom,
mais toujours la même personne. Logiquement, Jarod avait
toujours plus ou moins su que Riley Vanhoven n’était pas le seul dans son
genre. Il n’était pas unique. Mais en découvrir la preuve était malgré tout un
choc. Combien de gens de ce genre existaient-ils sur la Terre ? Cette
pensée avait quelque chose d’étourdissant. Qui sait quel âge pouvaient-ils
avoir ? Tout ce qu’ils avaient pu voir au cours de leur existence… Les
évènements auxquels ils avaient été présents. Jarod souhaita brusquement avoir
la chance de rencontrer une de ces personnes. Pouvoir parler à quelqu’un qui
avait connu le XIXème siècle, et même peut-être le XVIIIème siècle et toutes
les idées des Lumières, l’indépendance des Etats-Unis. Imaginez la somme
d’expériences que pouvaient acquérir ces gens… Jarod se força à revenir à
l’instant présent et à des tâches plus urgentes. Il ne devait pas se disperser.
Il lança une nouvelle recherche, mais cette fois-ci, sur Matthew McCormick.
Tout au long de la journée, l’agent du FBI s’était ingénié à lui faire quitter
les épées comme fil directeur. Il avait un moment fini par penser qu’il
s’agissait d’une simple rivalité entre deux enquêteurs placés en compétition
par leur hiérarchie, mais Jarod avait acquis la certitude qu’il y avait plus
que ça. McCormick menait une enquête assidue, mais il omettait ou minimiser
sciemment certains faits. Et tout ce qui tournait autour des épées en faisait
partie. Malheureusement ce qu’il trouva
sur l’agent du FBI ne lui apprit rien de particulier. Noté de manière
excellente, solitaire, il n’y avait pas trace de la moindre collusion. Ni de la
moindre explication quant à son comportement. Il avait demandé à un des agents
qui les assistaient, Grégory, si McCormick était toujours comme ça ou s’il lui
réservait un traitement particulier. Grégory lui avait répondu qu’il ne devait
pas prendre cette attitude pour lui. Frustré, Jarod se déconnecta,
sans en savoir beaucoup plus au sujet de McCormick. Une question le
taraudait : pouvait-il avoir confiance ? Pouvait-il lui confier ses
découvertes ? Au vu de son travail et de ses antécédents, Jarod serait
plutôt enclin à lui faire confiance. Mais McCormick dissimulait quelque chose.
Et tant qu’il ne saurait pas quoi, Jarod sentait qu’il ne pourrait lui confier
quel était le véritable dénominateur commun entre toutes les victimes – hormis
la dernière, qui semblait bien avoir été un témoin imprudent. Si seulement il en savait plus
au sujet de ces êtres… ces immortels ? La décapitation les tuait. Ce
qui apparaissait normal étant donné que détacher la tête du corps devait
empêcher tout processus de régénération cellulaire. Mais ses informations
étaient trop parcellaires pour aller plus loin. Le tueur savait qui étaient ces
personnes. Peut-être était-ce l’un d’eux ? Il avait pu les rencontrer
auparavant. Et puis cela expliquerait comment il pouvait être au courant à leur
sujet… A quelques kilomètres de là,
cette dernière question faisait aussi l’objet de spéculations et d’hypothèses
diverses. En faisant son rapport, Donna
Scolder avait la première émise l’hypothèse qui retenait l’attention de tous.
L’absence de quickening hantait les esprits. Et les possibilités que cela
ouvrait étaient plutôt restreintes. - Nous avons fait les purges nécessaires au sein de nos
rangs après Horton, Donna, lui assura un des membres du Tribunal, Klaus
Anderton. Nous sommes beaucoup plus prudents maintenant. - Il suffirait d’un seul. Avec un contentieux personnel,
sans idéologie… - L’absence de quickening doit avoir une autre
explication, renchérit Martha Dahl à des milliers de kilomètres de là. - Ces immortels ont été décapités par un mortel. Combien
de mortels sont au courant au sujet des immortels ? - Probablement plus que nous l’imaginons. - Et combien ont la possibilité d’identifier formellement
les personnes qu’ils peuvent croiser comme étant des immortels ? demanda
d’un ton égal Donna. Il y eut un instant de silence
au bout du fil, traduisant l’embarras de ses interlocuteurs. - Mais des guetteurs aussi ont été tués, Donna. - Justement. Le tueur doit connaître l’existence, et des
immortels, et des guetteurs. Ca réduit encore notre champ des possibilités,
n’est-ce pas ? - Oui, mais vous oubliez que si ces immortels se sont
rendus dans des lieux déserts, c’est probablement pour un duel. Un mortel ne
peut pas se faire passer pour un immortel. - Peut-être le tueur a-t-il une ruse… Je l’ignore. Mais
l’hypothèse d’un renégat dans nos rangs devrait constituer l’hypothèse la plus
probable. - Je dois avouer que je partage le point de vue de Donna,
déclara Sean Hannighan. - Nous avons un autre souci dans l’immédiat, affirma
Martha en prenant connaissance, en même temps que les autres du courrier
électronique émanant du QG de New York. - On ne peut pas dire que ce soit vraiment une surprise,
soupira Klaus Anderton. - Cette journaliste travaille pour le New York Post ?
demanda Donna à qui le nom ne disait rien. Jamais entendu parler. - Ce qui ne nous avance pas beaucoup. C’était bien la
dernière chose dont on avait besoin. Le QG de New York semble persuadé qu’elle
a mis le doigt sur l’immortalité des victimes, soupira Martha. - On pourrait tenter de la retourner ? suggéra Sean. - Je n’ai aucune confiance envers les journalistes en
général, ceux du New York Post en particulier, affirma Donna très réticente à
ce sujet. Les journalistes et une
organisation qui se devait de rester secrète comme les guetteurs n’avaient
jamais fait bon ménage. - Donna, êtes-vous en train de conseiller son
élimination ? demanda une voix pas vraiment étonnée de l’autre côté de
l’océan. - Je dresse un simple constat, Klaus. C’est une
journaliste. Ce n’est pas comme si elle exerçait n’importe quelle profession.
Et ce n’est pas comme si elle était tombée sur les immortels par hasard. - Très bien, Donna. Nous allons étudier la situation. Nous
vous ferons parvenir votre feuille de route dans la nuit. - A plus tard. Donna raccrocha, furieuse
malgré elle. Si jamais Klaus se mettait en tête de négocier avec cette
journaliste. Cela pourrait être pire que le mal. Il fallait à tout prix
empêcher la moindre fuite. Elle avait consacré sa vie aux guetteurs, et elle
comptait bien ne pas assister à la destruction d’une œuvre millénaire. Elle jeta un coup d’œil au
réveil. Il indiquait 2:00 am. Elle regagna son ordinateur pour faire un rapide
compte-rendu de la journée de McCormick dans sa chronique. Elle
l’approfondirait plus tard. Cela faisait 24 ans maintenant
qu’on lui avait assigné Matthew McCormick comme immortel. A l’époque, elle
était encore jeune, pleine d’idéalisme, et sa fascination envers les immortels
était intacte. Elle sortait juste de l’Académie et se voir assigner à McCormick
avait paru une bonne chose. Ce n’était pas un chasseur. Il n’avait pas pour
autant pour habitude de mener une vie très calme. Quand il était devenu son
immortel, il travaillait pour une agence de détectives privés à Dallas, et elle
avait frôlé la crise cardiaque à plusieurs reprises à le suivre dans des
endroits impossibles. Il avait fait différents boulots dans le même genre pour
finalement arriver au FBI il y a neuf ans. McCormick avait aujourd’hui perdu
une grande partie de l’attrait originel qu’avait pu éprouver une jeune novice
sur le terrain. Et Donna était persuadée que ces 24 dernières années
équivalaient à des études complètes en criminologie et en droit pénal, et ce, avec
mention spéciale. Elle pouvait se recycler. Quand il avait pris l’enquête
sur les trois assassinats – à l’époque – d’immortels, elle avait prié pour
qu’il laisse rapidement tomber l’affaire. Elle avait déjà à ce moment-là de
grosses craintes quant à l’implication des guetteurs dans ces meurtres, et elle
n’avait pas envie que McCormick découvre ce genre de choses. Elle ignorait s’il
savait ou non à leur sujet – quoiqu’elle ait dit à Sam plus tôt – mais en
revanche, elle était sûre que si les guetteurs étaient impliqués, et que
McCormick en avait la preuve, non seulement elle aurait de gros ennuis, mais
toute l’organisation aussi. Elle l’avait étudié suffisamment longtemps pour
être pleinement consciente que le pragmatisme dont il faisait constamment preuve,
allié à son désir de justice, pouvait conduire l’organisation au bord du
gouffre s’il se mettait en tête d’utiliser ses ressources du FBI pour traquer
les guetteurs. Maintenant, elle n’était plus
aussi sûre de sa volonté de le voir abandonner. Si quelqu’un pouvait découvrir
la vérité sur ces meurtres, c’était bien lui. Quelque soit le prix à payer pour
stopper cette série macabre, il fallait la stopper. Sinon, il ne resterait
bientôt plus, ni guetteur, ni immortel. Dés qu’un journal en aura fait sa Une… Au siège du FBI, à Boston,
seule la lampe du bureau de Matthew était encore allumée. L’immortel, plongé
dans les rapports du médecin-légiste, était à la recherche du moindre élément
qui aurait pu lui échapper. A nouveau, son regard tomba sur la huitième victime
du tueur. Sa différence tenait à sa mort par strangulation, mais aussi au fait
qu’elle n’était pas immortelle, et qu’elle portait un tatouage qui inquiétait
Matthew. Il essaya de se remémorer ce que Ceirdwyn avait pu lui
dire à propos des guetteurs. Mais elle avait elle-même été très concise. Elle
tenait l’information de son ami Duncan MacLeod – Matthew ne lui avait pas dit
qu’il l’avait finalement enfin rencontré dans sa traque de Carl Robinson – qui
avait noué des liens avec son propre guetteur. Les guetteurs étaient une
société secrète dont le but était de consigner les faits et gestes des
immortels, et ce, sans jamais intervenir. La règle de la non-intervention
semblait être une règle importante mais Ceirdwyn n’avait pas été capable de lui
en dire plus sur le sujet. Elle lui avait néanmoins décrit le tatouage qui
permettait de les reconnaître. Une description qui ressemblait étrangement au
tatouage qu’il avait sous les yeux. S'il admettait l’hypothèse
selon laquelle James Ganderson était un guetteur - le guetteur de Rachel
Timothy – il débouchait sur plus de questions que de réponses. Auprès des six
autres victimes, on n’avait trouvé aucun autre corps de guetteur. Cela
signifiait-il que Ganderson s’était montré imprudent et s’était ainsi laissé repérer,
à la différence de ses collègues ? C’était une possibilité, mais Matthew
ne pensait qu’elle fut la bonne. La présence du cadavre de
Ganderson perturbait son raisonnement. Il n’arrivait pas à cerner le rôle des
guetteurs dans tout ça. Il regarda sa montre qui
indiquait 2:11. Ceirdwyn était à Londres en ce moment. Il devait être aux
alentours de 6 heures là-bas. Elle risquait de ne pas être ravie. Avec un léger sourire en
songeant aux cris de son ancien professeur, il composa son numéro de téléphone.
A la quatrième sonnerie, une voix ensommeillée s’écria : - Qui que ce soit, si vous tenez à votre tête, j’espère
qu'il existe un excellent motif pour me déranger à cette heure-ci ! -
Ceirdwyn ? C’est Matthew. Cela paru la calmer un peu. - Matt ? Non mais, tu sais quelle heure il est ?
Tu n’es pas aux Etats-Unis ? - Si. C’est la nuit ici. - Je constate que tu es toujours aussi insomniaque. Que
puis-je faire pour toi ? - Je suis désolé de te réveiller si tôt. Mais ça ne
pouvait pas attendre. - J’en suis sûre. Très bien, je suis toute ouïe. - Tu te souviens de ce que tu m’as dit au sujet des
guetteurs ? - Aïe. Oui, je m’en souviens, qu’est-ce qui se
passe ? - Je travaille actuellement sur une affaire assez
médiatique… - Le tueur des sous-bois ? - Comment le sais-tu ? s’étonna Matthew, qui ne
s’attendait pas à ce qu’elle soit déjà au courant. - Je capte les chaînes américaines ici. Je t’ai vu sur
CNN, il y a trois jours. Dis-moi, tu sais que ce n’est pas très prudent ce
genre de petits extras ? - Il tue des immortels. - Comment le sais-tu ? S’ils sont morts… - Je connaissais les deux premières victimes. Je les avais
déjà croisés… - Et donc ? - Il n’y a pas de quickening. - Ce qui signifie que le tueur est un mortel. Tu
soupçonnes les guetteurs ? - Je dois avouer que je n’avais pas encore envisagé cette
hypothèse… En revanche, avec la dernière victime, Rachel Timothy, il y avait un
autre homme. Il avait été étranglé. Sur son poignet, il y avait un tatouage
bleu correspondant à la description que tu m’as faite du tatouage des
guetteurs. - Un guetteur a été tué ? s’exclama Ceirdwyn tout à
coup parfaitement réveillée. - Il semblerait. Mais je ne suis plus sûr de rien en ce
moment. Si ce n’est que les journalistes enquêtent sur les victimes et que des
immortels continuent d’être décapités sans quickening. - Beaucoup d’ennuis à l’horizon en bref. Il y eut une pause au bout du
fil. Ceirdwyn devait enregistrer les informations que Matthew venait de lui
transmettre. - Je t’appelais pour vérifier quelque chose :
normalement, il y a un guetteur pour chaque immortel, n’est-ce pas ? - D’après Duncan, oui. - Le corps de ce guetteur est le seul que nous ayons
retrouvé à proximité d’un cadavre d’im… Il s’interrompit brusquement.
Ses yeux venaient d’accrocher une note manuscrite inscrite en marge d’un
compte-rendu. - Matt ? appela Ceirdwyn, alors que, de l’autre côté
de l’Atlantique, elle mettait en marche sa cafetière. - Trente secondes, lui répondit de manière distante son
ancien élève. La scène d’un crime était
toujours fouillée au peigne fin par l’équipe scientifique, armée de pinceaux et
autres sprays qui ne laissaient rien passer. Ils étaient capables de raconter
l’histoire du lieu au cours du dernier mois avec plus de précision que s’ils
avaient été sur les lieux au moment des faits. Dans l’usine désaffectée où
avait été trouvé le corps de Riley Vanhoven avaient été découverts des traces
de lutte et du sang. Sang qui n’appartenait pas à Vanhoven. Cela avait été
trouvé par un des détectives, à une trentaine de mètres du cadavre de
l’immortel, derrière des barrières qui empêchaient autrefois l’accès aux
machines. Sur le moment, les enquêteurs
n’y avaient pas fait très attention en raison de l’absence de corps. Les traces
semblaient avoir été, ou effacées, ou anciennes. Ils avaient rapidement inscrit
les relevés, mais ils avaient probablement opté pour une rixe antérieure qui ne
méritait pas qu’on s’appesantisse dessus. Néanmoins, Ganderson avait
lui-aussi été découvert à une trentaine de mètres du cadavre de Rachel Timothy,
et il se situait lui-aussi derrière un obstacle de façon à se cacher des
combattants… Comme le ferait un guetteur. - Ceirdwyn ? - Je suis toujours là, lui répondit son amie. - A côté du corps de la troisième victime, notre équipe
scientifique a découvert des traces de bagarre, ainsi que du sang, ils en ont
conclu, étant donné que c’était en partie effacé, que c’était antérieur au
meurtre et n’y ont pas vraiment fait attention. - Je croyais qu’avec vos techniques, maintenant, vous
pouviez savoir à la minute prés de quand une trace de sang datait. - Je dirais que ça a été effacé de manière très
professionnelle. De façon à faire croire à son insignifiance si jamais un
enquêteur tombait quand même dessus. L’équipe scientifique n’a pas trop creusé
la question semble-t-il. C’était caché derrière des barrières empêchant l’accès
aux appareils hors service. - Caché ? Tiens, ça me rappelle quelqu’un. Cette
histoire commence à me donner un sérieux mal de tête. Moins d’une heure s’était
écoulée entre le meurtre de Rachel Timothy et l’arrivée de la police, et ceux
qui avaient prévenu les autorités, une troupe de chasseurs, étaient déjà sur
place auparavant. Le faible délai qui s’était écoulé pouvait avoir joué. Le ou
les tueurs - probablement « les » d’ailleurs, songea Matthew, pour
être tombé sur le guetteur de cette manière – n’avaient peut-être pas eu le
temps d’embarquer le corps du guetteur. Ce qui amenait une nouvelle
question : pourquoi embarquer ce cadavre, et laisser l’autre en faisant
croire à une sorte de tueur en série ? Cela commençait lui-aussi à lui
donner mal à la tête. - Il faut que j’aille vérifier deux ou trois trucs. Merci
pour la confirmation, Ceirdwyn. - De rien. Mais si tu veux une véritable confirmation,
fais attention demain. Et regarde derrière toi. Tu ne tarderas pas à découvrir
un petit curieux avec un tatouage. Matthew sourit malgré lui
devant le ton employé par la « jeune » femme pour décrire le guetteur. - Bonne journée. Et encore désolé de t’avoir réveillée si
tôt. - Tiens-moi au courant des suites de l’enquête, maintenant
que tu m’as fait suffisamment peur, soupira-t-elle avant de raccrocher. Davee Utson quitta enfin son
bureau, non sans avoir sauvegardé son article et ses preuves sur une disquette
qu’elle mit dans son sac à main. Il était déjà trois heures et demie. Le temps
qu’elle rentre chez elle, elle devrait repartir quasiment aussitôt. Mais l’adrénaline et
l’excitation suscitées par sa découverte la maintenaient parfaitement
réveillée. Elle éteignit toutes les lumières encore allumées de l’étage, et
s’engouffra dans l’ascenseur. Demain allait être le plus beau jour de sa vie. La descente lui parut
interminable. Enfin, l’ascenseur s’ouvrit sur le sous-sol numéro 2. Le journal
possédait des places attitrées dans le parking souterrain de l’immeuble. - Excusez-moi, demanda une voix derrière elle. Son sang se glaça, et elle se
retourna prestement, prête à brandir son spray paralysant. Mais elle se trouva
nez à nez avec un homme d’un certain âge déjà, l’air aussi effrayé qu’elle, et
dont la main droite saignait abondamment semblait-il. - Je… murmura l’homme. Je me suis fait agresser tout à
l’heure. Ils ont pris ma voiture, mon pass, et toutes mes affaires. Il avait l’air perdu. Le cœur
de Davee se serra. Elle savait que les parkings souterrains, en particulier
celui-ci, si mal surveillé depuis le bug général du réseau de caméras qui
datait déjà de plus d’un mois, n’étaient pas sûrs. C’est d’ailleurs pour cela
qu’elle le traversait à une heure pareille, une main sur son spray paralysant,
une autre sur ses clés de voiture, pour pouvoir gagner plus rapidement la
sécurité du véhicule. - Vous avez appelé la police ? - Ils ont pris mon portable. Je ne peux pas rentrer dans
le bâtiment sans mon pass… J’appartiens au service de l’entretien. Tout à coup, il pâlit un peu
plus, et Davee se porta rapidement à ses côtés, de crainte qu’il ne
s’évanouisse. Elle lui prit son bras. - Ecoutez, il faut que vous alliez à l’hôpital. Vous êtes
blessé. Vous préviendrez la police de là-bas. Venez. Je vais vous y déposer. L’homme sembla hésiter un
instant, puis hocha finalement la tête. - Merci, souffla-t-il alors qu’ils montaient dans la
voiture de la journaliste. Elle n’allait probablement pas
dormir de la nuit, songea-t-elle tandis que la voiture gagnait l’air libre et
les avenues de New York. - Ca va aller ? s’inquiéta-t-elle en freinant à un
feu rouge. L’homme acquiesça. Les rues étaient désertes à
cette heure-ci. C’était étrange de se balader dans un Manhattan non surpeuplé. Davee entendit un petit clic à
côté d’elle. Comme une capsule qu’on dégoupille. Ou un pistolet qu’on arme.
Elle jeta un coup d’œil sur le siège passager. L’homme qu’elle avait ramassé
avait perdu toute expression d’innocence. Il pointait vers elle un petit
revolver. Un braqueur, hurla son
esprit tandis que la jeune femme s’efforçait de rester calme. Il n’en voulait
probablement qu’à sa voiture. - Du calme, mademoiselle, parut confirmer l’homme d’une
voix qui ne tremblait plus. Je ne veux pas vous faire de mal. Davee ne put qu’acquiescer. Le
feu était à nouveau vert. - Démarrez, lui ordonna le braqueur. Et prenez la première
à droite. Sans réfléchir, la jeune
journaliste s’exécuta. Ce serait vraiment trop bête de mourir aujourd’hui d’un
braquage avec la découverte qu’elle avait faite plus tôt dans la journée. Ils roulèrent pendant encore un
petit quart d’heure. Au fond de son esprit, une alarme s’était allumée. Un
braqueur qui en aurait eu après sa voiture ou son portefeuille l’aurait déjà
jetée en dehors de son véhicule. Au contraire, l’homme semblait la conduire
quelque part. Cela ressemblait plus à un kidnapping… Ô mon Dieu, pensa Davee
qui eut l’impression que sa vie entière défilait devant ses yeux comme ils
s’engageaient dans un petit parking souterrain. Elle savait que ce genre de
chose arrivait. Elle écrivait d’ailleurs dessus. Les viols et les meurtres dans
les recoins sombres de New York n’étaient pas un sujet tabou. Elle gagnait sa
vie grâce à ça. Songer qu’elle allait bientôt peut-être faire elle-même l’objet
d’un de ces articles la rendit malade. Elle s’efforça de garder une contenance.
Avec énervement, elle intima l’ordre à son cerveau de cesser de réfléchir. - Garez-vous là, dit la voix du braqueur. Ne faîtes rien
de stupide, ajouta-t-il comme s’il lisait dans ses pensées. L’homme avait l’air de savoir
parfaitement manier une arme. Davee pouvait peut-être essayer de s’enfuir en
faisant une violente incartade, mais quelque chose dans le regard que lui
adressait le braqueur lui disait qu’il n’hésiterait pas à tirer. Et qu’il était
parfaitement capable et préparé. Elle se gara sans tenter
quoique ce soit. - Descendez, ordonna l’homme, le pistolet toujours pointé
dans sa direction. Ils prirent un ascenseur. Davee
était de plus en plus perplexe. Un agresseur normal ne l’aurait pas emmenée
dans les bureaux d’un immeuble. Or, elle savait que ce building ne contenait
aucune résidence. Une autre idée était en train
de germer dans son esprit. Elle avait passé la journée à remuer ciel et terre à
la recherche du passé des victimes du tueur des sous-bois, sans prendre aucune
précaution, ni gant, dans sa collecte d’informations. Et si ses investigations
avaient attiré l’attention de personnes qu’il aurait mieux fallu ne jamais
connaître ? Plus elle regardait l’homme qui se tenait à ses côtés, plus
elle se disait qu’il n’avait pas du tout le profil-type du voyou des parkings
souterrains. Tu deviens parano, ma
vieille, s’énerva-t-elle en songeant à l’immensité que ces suppositions
impliquaient. Ils arrivèrent à l’étage numéro
14. Davee eut un mauvais pressentiment. Elle savait où elle était. L’homme ne
la laisserait jamais repartir… vivante. Ils débouchèrent sur un long
couloir peu accueillant – et très surveillé, nota avec malaise Davee, en
observant les caméras de surveillance et autres dispositifs d’alarme que l’on pouvait
deviner. Cela ne faisait malheureusement que conforter sa théorie la plus
parano. Son kidnappeur avait vraiment l’air d’un professionnel. Il ouvrit une des portes. Il y
avait écrit « Deb-1 » à l’entrée. D’un geste, il lui fit signe
d’entrer. Avec méfiance, elle découvrit une sorte de salle d’interrogatoire. Il
y avait une grande glace sur le mur opposé. Et le mobilier de la pièce
consistait en une simple table en fer et deux chaises. Où est-ce qu’elle avait
mis les pieds ? Au même moment, dans les bureaux
de la rédaction du New York Post, un jeune informaticien jurait à mi-voix en
renversant le sceau d’eau qu’il avait utilisé pour arriver jusqu’ici – cela
étant sensé corroborer son pass qui indiquait qu’il faisait partie du service
de nettoyage. - Fais un peu attention, Philip ! s’exclama son
collègue, lui-aussi guère à l’aise. Ils n’avaient pas l’habitude de
quitter leurs bureaux. Et ils avaient encore moins l’habitude des missions sur
le terrain. Mais à circonstances exceptionnelles, missions exceptionnelles… Philip alluma l’ordinateur de
Davee Utson. En quelques clics, il entra dans les fichiers relativement peu
protégés de la journaliste. - Le voilà, avertit-il en découvrant le dossier qu’elle
avait monté sur les victimes du tueur des sous-bois. - Eh bien, perds pas ton temps. Efface-le du disque dur,
s’énerva son compagnon, chargé de faire le guet. - Et que crois-tu que je suis en train de faire ?
railla Philip en prenant un air moqueur devant l’évident malaise de son ami,
ses doigts pianotant en cadence sur le clavier de l’ordinateur. Peter était encore moins fait
pour le terrain que lui. **** CHAPITRE III « Coopération » On lui avait apporté un verre
d’eau et deux barres de céréales provenant probablement d’un distributeur
automatique. Davee Utson avait réussi à
s’imposer un masque impassible, de façon à montrer à ses ravisseurs qu’elle
était déterminée et qu’ils n’avaient pas affaire à n’importe qui. Elle ne
savait pas depuis combien de temps elle attendait. Sa montre était restée dans
son sac à main. La porte s’ouvrit à nouveau
pour laisser passer un homme et une femme. Ils devaient avoir pensé que la
présence d’une femme l’effraierait moins. - Mademoiselle Utson, nous sommes désolés de la façon que
nous avons dû utiliser pour pouvoir nous entretenir avec vous, déclara l’homme
en s’asseyant en face d’elle. Davee tressaillit malgré elle
en entendant son nom. C’était bien un kidnapping. - Je me présente, je suis Robert Sanders, et voici une de
mes collègues, Martha Dahl. Pourquoi donnaient-ils leur nom ? - Qui êtes-vous ? demanda-t-elle tentant de percer
l’impassibilité de ses deux interlocuteurs. - Nous travaillons pour une Fondation, et il se trouve
que, hier dans la soirée, vos investigations ont fait se déclencher un de nos
signaux d’alarme. Ainsi, cela avait bien quelque
chose à voir avec ses découvertes. Elle se maudit de n’en avoir fait que deux
seules copies, qui étaient probablement déjà entre les mains de ces gens. - Vous travaillez pour le gouvernement ?
s’entendit-elle dire. Celle qui avait été présentée
sous le nom de Martha Dahl sourit. - Non. Comme Robert vous l’a dit, nous appartenons à une
Fondation privée. Nos centres d’intérêts respectifs sont en quelque sorte
rentrés en contact hier. Davee fut sur le point de dire
quelque chose mais Martha la coupa. - Laissez-moi tout d’abord vous racontez une histoire.
Ensuite viendront les questions. Donna Scolder arrêta l’alarme
de son ordinateur dés qu’elle réussit à s’extirper de son lit. Un rapide coup
d’œil à son réveil lui indiqua qu’elle s’était couchée seulement deux heures
auparavant. C’était un e-mail du Tribunal qui avait déclenché l’alarme. Un peu anxieuse, elle l’ouvrit
néanmoins sans hésiter. De l’autre main, elle mit en route sa cafetière. La
journée allait être longue. Le message émanait directement
de Klaus Anderton. Elle secoua la tête en pleine
désapprobation en prenant connaissance de la manière dont les guetteurs avaient
décidé de traiter le problème posé par la journaliste du New York Post. Elle
était persuadée qu’ils ne parviendraient pas à la retourner. Ou du moins,
qu’elle ne jouerait pas le jeu jusqu’au bout et se retournerait contre eux à la
première occasion. Les journalistes n’étaient pas capables de tenir une
information de cette envergure secrète. Mais elle manqua vraiment de
s’étouffer en découvrant les directives personnelles que lui envoyaient les
membres du Tribunal. Avaient-ils oublié le serment que tout guetteur prêtait à
l’entrée dans la société ? Elle approuvait leur choix de
passer en code rouge. L’affaire était au moins aussi grave que celle du CD de
Paris il y a quelques années. Néanmoins cela ne justifiait pas le fait de
rompre son serment. Elle n’avait qu’une parole. Elle ne voulait pas se
parjurer. Les choses n’étaient pas encore si désespérées que ça ! Klaus semblait avoir suivi une
partie de son raisonnement passé quant aux craintes qu’elle nourrissait à
l’égard de McCormick si jamais il découvrait l’implication de guetteurs dans
ces meurtres. Et il avait l’air persuadé, lui-aussi, que Ceirdwyn lui avait
parlé des guetteurs après que Macleod l’ait mise au courant. Elle maudit à
nouveau Joe Dawson pour son extrême imprudence, même-si, elle devait bien se
l’avouer, les circonstances de l’époque étaient exceptionnelles… Un peu comme
celles auxquelles elle devait faire face actuellement. Mais Dawson avait agi de
son propre chef. Sans en référer à la hiérarchie. Il n’aurait jamais dû être
réintégré. Si tout avait été normal, il serait mort à l’heure qu’il est, suite
à sa condamnation par le Tribunal. Elle se força à éloigner ses
pensées de ce sujet qui l’énervait toujours autant. Une petite voix murmurait avec
ironie dans sa tête : Et si Ceirdwyn n’avait rien dit ? Mais personne au Tribunal
n’avait pris cette possibilité au sérieux. A force de vivre dans une tour
d’ivoire, coupés du monde, les dirigeants des guetteurs en venaient à rompre
avec la règle de prudence la plus élémentaire. Ils osaient proposer une
collaboration entre guetteurs et immortels ! Une coopération des guetteurs
à l’enquête de McCormick pour couvrir d’une part leurs arrières vis-à-vis de ce
dernier, et plus généralement du FBI, et d’autre part pour parvenir à faire
cesser au plus tôt ce jeu de massacre, où guetteurs et immortels semblaient
tout autant visés. En revanche, ils ne donnaient
aucun détail sur la manière dont mener cette collaboration. Ni sur la façon
dont Donna devait se révéler à son immortel. Elle pouvait difficilement se
planter devant lui et se présenter normalement. « Enchantée, je suis Donna Scolder. Je suis votre
guetteur depuis vingt-quatre ans. J’ai ordre de vous contacter à cause du tueur
des sous-bois. Le huitième cadavre était celui d’un guetteur et nous sommes
sans nouvelle des six autres guetteurs. Vous ne savez pas ce que sont les
guetteurs ? Laissez-moi vous faire un résumé. » C’était pitoyable. Et les membres du Tribunal,
Klaus en tête, semblaient avoir occulté l’extraordinaire méfiance dont se
dotent au fil du temps la plupart des immortels, et dont s’était doté
McCormick. Si elle s’y prenait mal, il était peu probable qu’elle ressorte
vivante de cette entrevue. Elle eut un sourire cynique en
découvrant le post-scriptum du message. Klaus lui recommandait la prudence
parce que McCormick pouvait finir par être la cible du tueur – après tout, il
lui courrait après. C’était comme s’il n’avait pas
eu conscience de l’importance de son message. Klaus ne changerait jamais. Non content d’avoir rapidement
grimpé dans la hiérarchie après les errements de la société au cours de la
dernière décennie, il n’arrivait toujours pas à avoir une vision globale de la
situation. Ce qui allait finir par jouer des tours à l’organisation, si les
crises qui émaillaient son existence n’en finissaient pas avec elle avant. A regret, elle entreprit de
s’habiller, les mèches blanches qui tombèrent sur son visage lui indiquèrent
qu’un détour chez le coiffeur devenait plus qu’urgent. Il était à peine huit heures du
matin quand Matthew McCormick gara sa voiture sur le site où avait été
découvert le quatrième corps. Seules des bandes jaunes, portant la mention
« FBI », rappelaient ce qu’il s’était passé, il y a quelques jours. Le
coin paraissait avoir retrouvé son calme après la suractivité des deux premiers
jours. Matthew passa par-dessous une des bandes. Le lieu avait dû
être ratissé par l’équipe scientifique, mais il avait le secret espoir qu’ils
aient pu oublier un détail. Quelque chose qui permettrait de donner une
indication sur ce qui avait pu advenir du guetteur. Il n’était pas arrivé depuis un
quart d’heure qu’une voix derrière lui manqua de le faire sursauter. - Vous trouvez quelque chose ? demanda Jarod Hunter
alors que Matthew était en train d’examiner le sol à un des rares endroits qui
auraient pu constituer une cachette pour un guetteur. - Je ne sais pas… Qu’est-ce que vous faîtes ici ?
répondit-il en se redressant. Il s’efforça de masquer son
mécontentement. Sans grand succès. - Je suis passé au bureau, et Grégory m’a dit que vous
étiez retourné sur les lieux du quatrième meurtre. Comme je n’étais pas encore
arrivé à ce moment-là, j’ai pensé qu’il était judicieux que je vienne jeter un
coup d’œil. A l’évidence, McCormick ne
partageait pas le point de vue de Jarod sur la question. L’enquêteur du FBI
hocha la tête en signe d’assentiment plus par politesse qu’autre chose. Jarod
était décidé à se montrer plus incisif que la veille. Il n’avait toujours pas
plus d’informations expliquant l’attitude de McCormick, mais il était certain
que ce dernier voulait faire avancer l’enquête au moins autant que lui. - Alors ? Vous avez trouvé quelque chose
d’intéressant ? Matthew hésita à répondre. Une
personne comme l’agent Hunter fouinant dans une affaire qui concernait
probablement exclusivement les immortels et les guetteurs le rendait
extrêmement nerveux. Il savait que son collègue était loin d’être stupide et
qu’il ne parviendrait pas à le manipuler aussi aisément que Grégory ou ses
autres collègues. - Cette nuit, en relisant les rapports, je suis tombé sur
une note indiquant que l’équipe scientifique avait trouvé des traces de bagarre
et de sang, à une trentaine de mètres du cadavre de Riley Vanhoven. Ils ont
conclu que c’était antérieur au meurtre… Mais avec l’Anglais qui a été retrouvé
mort hier matin… Je me suis dit qu’on avait peut-être raté quelque chose sur
les autres scènes des crimes. - Et ? demanda Jarod, intéressé. Il nota que c’était la première
fois que McCormick jouait franc-jeu avec lui. L’agent du FBI lui montra le sol
à côté de l’endroit où il s’était agenouillé. - Il faudrait réquisitionner un membre de l’équipe
scientifique, mais au vu des traces… Cela pourrait ressembler à ce sur quoi ils
sont tombés à côté de Vanhoven. Jarod mit un genou à terre, de
façon à pouvoir balayer du regard l’endroit incriminé. McCormick disait vrai.
Il y avait eu lutte ici. Et quelques tâches, pas encore mélangées à la terre,
très sèche, pouvaient être assimilées à du sang. - Qu’est-ce que cela impliquerait ? s’étonna Jarod à
voix haute, voulant savoir jusqu’où McCormick était allé dans son raisonnement. - Je n’en ai pas la moindre idée. Et pourtant, j’ai passé
la nuit là-dessus. Le corps de Rachel Timothy a été découvert moins d’une heure
après sa mort. Probablement vingt à vingt-cinq minutes si on prend seulement en
compte l’arrivée des chasseurs, qui tournaient déjà dans les environs encore
avant. Jarod aussi avait retenu ce
faible délai. Il se demanda ce qui poussait brusquement McCormick à coopérer.
Mais l’agent du FBI était toujours aussi indiscernable alors que ses yeux
fixaient un point imaginaire sur le sol, perdu dans ses pensées. - Vous avez du matériel scientifique dans votre
voiture ? dit-il enfin. - Euh… Oui, répondit Jarod après un instant d’hésitation. Il avait la désagréable
impression que McCormick allait encore essayer de le lâcher. - Ramenez des échantillons au labo et faîtes faire des
analyses. Qu’on ait la confirmation que c’est effectivement du sang. - Vous allez faire quoi ? - Vérifiez quelque chose. - On m’a envoyé pour vous seconder… commença Jarod qui
n’avait pas du tout l’intention de le laisser partir. - Pour me seconder. C’est exact. Alors vous faîtes ce que
je vous dis. Sinon, rien ne vous empêche de retourner illico presto à Los
Angeles. Je suis sûr que vous leur manquez déjà. Jarod fut un instant tenté de
forcer un peu plus, mais il était conscient que McCormick pouvait bel et bien
passer quelques coups de fil à Washington pour s’assurer de son rapide retour à
Los Angeles. Et dans ce cas, il risquait aussi de découvrir que Jarod Hunter
n’existait pas… - OK. Je vous appelle dés que j’ai les résultats des
analyses, lâcha-t-il finalement. - A plus tard. Matthew s’en voulut d’en avoir
trop dit devant Hunter. En plus des épées, si, maintenant, il le mettait sur la
piste des guetteurs… Il était pleinement conscient que cette affaire ne se
résoudrait pas en ignorant ces derniers ou encore l’immortalité des victimes.
Mais Jarod l’avait un peu pris par surprise. Il avait eu un instant l’air d’une
personne en qui on pouvait placer sans réfléchir toute sa confiance. Se maudissant une fois encore
intérieurement, Matthew démarra sa voiture. Donna était arrivée au siège du
FBI aux alentours de huit heures et demie. Elle avait passé une heure à
surfer sur la bande de données des guetteurs, au QG de Boston. Elle avait déjà
l’impression que ses yeux allaient la lâcher. Avec humeur, elle ajusta ses
fines lunettes cerclées d’argent qui apparaissaient comme un rappel de son âge
déjà trop avancé. Combien de temps pourrait-elle encore remplir sa mission
avant de passer en service passif ? Elle pourrait peut-être pousser un peu
plus longtemps dans la recherche, mais elle n’avait jamais apprécié rester
enfermée toute la journée entre quatre murs, la tête dans un ordinateur. Un rapide balayage du parking
lui apprit que McCormick n’était pas encore arrivé. Il devait pourtant avoir
déjà commencé son enquête – s’il s’était arrêté durant la nuit. Le jeunot à qui
elle avait confié sa surveillance pour la nuit était rentré au QG des guetteurs
à sept heures passées, heure où se terminait son service, et avant même d’avoir
rendu son rapport, il était parti se coucher dans une des salles de repos. Ce
manque de professionnalisme avait achevé de mettre Donna de mauvaise humeur
pour la journée. Elle avait failli aller le réveiller tambours battants et lui
donner son opinion sur son mode de travail, mais Sam avait objecté
courageusement que le jeunot en question était sorti de l’Académie il y a deux
semaines et qu’il venait d’enchaîner trois tours de permanence à la suite.
L’intervention de Sam avait sauvé Roman Illic pour la journée, mais Donna avait
soigneusement retenu le nom et le matricule de ce guetteur. Elle ne savait donc pas à quoi
McCormick avait occupé sa nuit. Elle espérait qu’il avait pu avancer un peu
dans son enquête. Mais pas trop. Elle était résolue à obéir à ses supérieurs,
et donc à se révéler à lui. Elle espérait donc qu’il n’avait pas déjà sur les
guetteurs une opinion au-delà du récupérable. Après mûres réflexions, elle
avait conclu que le lieu où elle serait le plus en sécurité et où McCormick
serait le plus en confiance était probablement son bureau provisoire au siège
du FBI. Elle attrapa son ordinateur
portable. Elle espérait qu’il ne tarderait pas trop. Elle allait se connecter
au réseau des guetteurs pour revoir et ajouter dans les chroniques la journée
d’hier quand une voiture grise qu’elle connaissait par cœur s’engouffra dans le
parking souterrain. - Vous êtes sérieux ? murmura Davee Utson,
brusquement incrédule devant les révélations qui venaient de lui être faites. - Tout à fait sérieux, mademoiselle, lui répondit Robert
Sanders. Vous comprenez maintenant la raison de votre présence ici. - Mon article mettrait à bas tout cet univers. - Pas seulement, expliqua Martha Dahl, il s’agit de
milliers de vies, pas seulement les immortels. Notre société existe depuis des
millénaires. Ce serait renier le but dans lequel des milliers de personnes se
sont sacrifiées depuis l’existence des guetteurs. Cela aurait aussi une
conséquence désastreuse pour les guetteurs actuels. Davee était sous le choc. A la
peur se mêlaient une fascination et une curiosité croissante envers ce monde
qui s’ouvrait soudain à elle. Mon Dieu… Qui pourrait jamais soupçonner
que de telles choses existent sur notre monde ? - Qu’est-ce que vous allez faire de moi, maintenant que je
sais tout ça ? demanda-t-elle, redoutant la réponse plus que tout. - Nous n’allons rien vous faire, mademoiselle Utson,
affirma d’une voix rassurante et parfaitement posée Martha. Vous comprenez
pourquoi vous ne pouvez pas publier votre article. Nous pouvons vous offrir un
travail dans notre organisation. - Comme guetteur ? - Oui. Il existe différentes catégories de guetteurs. La
recherche, la surveillance, ceux qui sont assignés à un immortel précis… Vous
et vos qualités seriez les bienvenues parmi nous. Les possibilités qui lui
étaient offertes défilaient dans la tête de Davee semblables à un tourbillon.
Cela l’étourdissait. - Et si je refuse de rentrer dans votre société ?
tenta-t-elle après une hésitation. - Alors vous pourrez regagner votre vie normale au
journal. Tout en sachant qu’autour de vous gravitent des personnes âgées de
plusieurs siècles, voire millénaires. Davee se retint difficilement de sourire. Martha avait
volontairement éludé le sens réel de sa question. - Et si je persiste à vouloir publier mon article ? - Je suis persuadée que vous ne le ferez pas. Pas en
sachant tout ce que vous allez détruire et toutes les conséquences qu’aurait
une telle déclaration sur le monde actuel. Davee chercha les yeux de son
interlocutrice. Elle paraissait tranquille et sûre d’elle. Une main de fer dans
un gant de velours, songea Davee. Les guetteurs n’hésiteraient pas à
l’éliminer, elle en était pleinement consciente. Mais Martha avait raison sur
un point : avec tout ce qu’elle venait d’apprendre, elle se sentait
incapable de faire publier son article. Et elle avait la possibilité de rentrer
dans cet univers… - Matthew ! appela Grégory en observant avec
étonnement cette femme d’un certain âge avec un profond accent anglais qui
venait de demander à parler à l’agent McCormick. - Qu’est-ce qu’il y a encore ? s’enquit avec mauvaise
humeur son supérieur. - Madame… - Mademoiselle,
rectifia Donna. - Mademoiselle Scolder voudrait te voir. Elle affirme que
c’est personnel, mais que ce qu’elle a à te dire t’intéressera au plus haut
point. Matthew dévisagea la femme que
lui présentait Grégory. Elle devait avoir passé la cinquantaine. Elle portait
un tailleur strict, mais sa façon de le porter atténuait cet effet. Ses petites
lunettes argentées faisaient ressortir des yeux d’un bleu très pâle. - Mademoiselle Scolder, enchanté. Euh… Vous avez quelque
chose à me dire ? - Pouvons-nous aller dans votre bureau ?
demanda-t-elle avec une telle retenue dans la voix que Matthew la reconsidéra
un instant de manière soupçonneuse. Néanmoins il lui fit signe
d’entrer et referma la porte derrière eux. - Bien, soupira-t-il en regagnant son fauteuil, que
puis-je faire pour vous, mademoiselle ? Donna se sentit un instant
prise de panique. Elle était en train de discuter face à face avec un immortel
qu’elle observait depuis plus de vingt ans. Elle allait devoir lui parler des
guetteurs. La scène était si irréaliste qu’elle en resta muette. - Mademoiselle ? répéta Matthew ne sachant pas trop
comment si prendre avec cette étrange dame. Donna inspira un grand coup et
se lança. Elle releva une de ses manches et montra à l’agent du FBI son
tatouage. - Savez-vous ce que cela signifie ? dit-elle d’une
voix parfaitement maîtrisée. Un guetteur. Matthew avait beau s’être
accoutumé à leur existence, cela ne l’empêcha pas de dévisager la femme avec un
brin d’incrédulité. Il ne s’était pas attendu à tomber nez à nez avec un
guetteur qui se présenterait comme tel. - James Ganderson portait cette même marque, répondit-il
d’un ton égal mais désormais très mal à l’aise face à ce petit bout de femme.
Je voulais vous voir justement… enchaîna-t-il néanmoins pour indiquer à son
interlocutrice qu’il savait à leur sujet. - Me voir ? - Pas vous personnellement, s’empressa-t-il d’ajouter. Je
voulais savoir si vous aviez perdu le contact avec les six autres guetteurs, même
si leurs corps n’ont pas été retrouvés. Entendre le mot
« guetteur » de la bouche de McCormick fut un choc auquel elle ne
s’était pas suffisamment préparée. Ainsi Ceirdwyn lui en avait bel et bien
parlé. Mais il n’avait pourtant montré aucun signe envers elle ou les autres
guetteurs qu’elle avait pu lui assigner. Donna releva avec cynisme qu’il
était impossible de savoir lequel des deux était le plus nerveux. - Les six autres guetteurs sont portés disparus,
confirma-t-elle après un instant. - J’ai fait des recherches durant la nuit dans ce sens. Il fouilla dans ses dossiers et
en sortit un rapport. - Des traces de bagarre et de sang ont été retrouvées à
une trentaine de mètres du corps de Riley Vanhoven. La confirmation probable de ce
que tous redoutaient, songea avec tristesse Donna. - Je l’ignorais… murmura-t-elle en prenant le document que
lui tendait McCormick. Elle sut à l’instant où ces
mots s’échappaient de sa bouche qu’elle avait fait une erreur. McCormick
n’avait pas eu l’air particulièrement ravi de parler à un guetteur, et ce genre
de petites phrases étaient à bannir de son langage pour la discussion qu’ils
allaient avoir. Se trouver face à quelqu’un qui en savait autant que vous sur
votre vie devait être vraiment perturbant. - L’équipe scientifique n’a pas jugé cette découverte
importante. Je suis tombée dessus par hasard cette nuit, expliqua McCormick ne
relevant pas les mots lâchés par inadvertance par Donna. - Ils sont morts, n’est-ce pas ? murmura Donna tout
en connaissant déjà la réponse. - Sûrement. Le corps de Rachel Timothy a été retrouvé très
peu de temps après le meurtre, le meurtrier n’a pas dû avoir le temps de
déplacer le corps de Ganderson. Donna hocha doucement la tête
en enregistrant les informations. - Vous êtes venue ici pour quoi ? demanda Matthew ne
voulant pas se montrer trop brusque avec une personne affectée par la mort de
plusieurs de ses collègues. - Ma hiérarchie m’en a donné l’ordre. Je suis… euh… votre
guetteur depuis quelques années déjà. Cette situation inquiète tout le monde au
sein de l’organisation. Les journalistes sont trop curieux. On a eu une fuite
d’ailleurs cette nuit. Vous ne contrôlerez pas éternellement la curiosité du
FBI. Et ce ou ces tueurs tuent des immortels et des guetteurs. Elle avait in
Nombre
de pages ( en format word ) : 49
Dates
d’écriture : commencée le 24 mai 2003, achevée le 10 août 2003
Il
s’agit de ma première fanfiction qui flirte avec les cinquante pages.
Aux habitués de Highlander : malgré des mentions aux personnages principaux de
la série, ces derniers ne sont pas les héros et n’apparaissent d’ailleurs pas
dans l’histoire.
Vous
retrouverez ici des immortels qui sont apparus dans seulement quelques épisodes
de la série : Matthew McCormick ( « Chasse à l’homme » - saison
5 ), Ceirdwyn ( « Retiens la nuit » - saison 3 ). Les guetteurs
mentionnés sont mes créations, sauf Donna Scolder ( qui vient de la
« Watcher Database » de Nicolas Giard ).
Pour tout l’univers de Highlander et du Caméléon, rien ne m’appartient, je ne touche pas d’argent là-dessus, ect…
Des immortels, sans lien entre eux et ayant une vie
tranquille, sont décapités sur la côte Est des Etats-Unis. Tout le monde pense
à un serial-killer et les médias se jettent sur l’affaire à grand renfort de
titres choc.
Le FBI prend l’affaire en main. Matthew McCormick réussit
se faire affecter à l’enquête du Bureau Fédéral d’Investigation, inquiet de la
tournure que prend l’affaire et du fait qu’il n’y a pas de trace de quickening
sur les lieux des décapitations.
Jarod aussi s’intéresse à cette affaire car il se souvient
d’une simulation mettant en scène un des hommes tués lorsqu’il était au Centre.
Il devient un agent du FBI, profiler, du nom de Jarod Hunter.
AIDE DE LECTURE
JEU, CHASSE ET MAT
CHAPITRE I