Trick or trick

Fanny Couturier
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      Il vérifie encore une fois son maquillage dans le miroir. Tout doit être parfait. La plupart du temps il agit sur des impulsions, mais cette fois-ci le rituel lui tient beaucoup à coeur. Le rituel est peut-être plus important que les cris pour une fois.
      Il s'observe de haut en bas. Il n'avait pas porté de tels vêtements depuis une éternité - presque littéralement. Est-ce qu'une paire de millénaires était considérée comme l'éternité? Par les mortels, peut-être. Les mortels sont assez stupides. Ils ne comptent pas vraiment. Seuls les cris comptent, et la lueur qui s'éteint.
      Les vêtements ne sont que des approximations - ils sont bien plus agréables à porter que dans son souvenir. Tout est moins réel à cause de ça - il ne retrouve pas exactement les mêmes sensations. Mais après tout, rien n'est réel. Ils ne sont pas là. Plus de tueries en commun, de partages sans mesure, de disputes avec Silas, plus rien de tout ça.
      Mais ce n'est pas grave. Ce soir, c'est la nuit de l'irréel pour lui. Pour d'autres, ceux qu'il attend, ce sera sans doute trop réel. Ironique.
      Il jette le regard d'un amant à ses instruments, effleure une lame de scalpel du bout des doigts. Son épée et sa dague sont à portée de main, aussi, mais il ne compte pas en faire office ce soir. Ce soir, ce sera une nuit pour lames courtes. Un peu plus loin, une serpe cuivrée attire son regard. Il se rappelle encore de l'époque des druides.
      On sonne.
      Cela le tire de ses pensées, de ses souvenirs. Il traverse rapidement la pièce, arrive dans le vestibule d'entrée. Il sait très bien que sa maison ressemble à toutes les autres - le bon sens dramatique aurait voulu qu'il choisisse un énorme hôtel particulier, sombre et lugubre, mais il a toujours été pratique, jamais dramatique. Et ce soir, personne n'aura peur de s'approcher de chez lui.
      Ce soir, ils n'auront même pas vraiment peur quand il ouvrira la porte. Il leur montrera son vrai visage, leur lancera son meilleur rictus, et peut-être leur coeur manquera-t-il un battement, soit. Mais ils se rassureront vite, c'est un déguisement vachement flippant.
      Il inspire bien fort, et oui, il a même pensé à vraiment faire du caramel, que l'odeur en imprègne la bâtisse et qu'ils ne doutent pas de lui. Il a aussi prévu des bonbons à vraiment distribuer au cas où un groupe trop grand se présenterait.
      Il ouvre la porte mais il n'y a plus personne, rester plongé dans ses pensées aussi longtemps n'est peut-être pas une bonne idée. Ils ont dû croire qu'il n'y avait personne. Il respire encore bien fort, ce soir est plein d'opportunités. Il referme la porte, le sourire aux lèvres.
      Il adore cela, se servir des mythes et légendes populaires, des traditions, pour perpétuer le mal qui remue en lui. Sa plus belle réussite, depuis qu'il s'y adonne en solo, fut la *création* d'un mythe. Oui, cela lui avait plu d'être Jack L'Eventreur. Même avec un surnom aussi commun. Peut-être ira-t-il dans les pays de l'Est bientôt - ces contrées regorgent depuis toujours de contes facilement exploitables.
      Mais ce soir - ce soir - il a une question qui le démange. Il repense au temps où porter ce genre de vêtements était banal, au temps où partout où ils allaient on les craignait, au temps où ils étaient tout-puissants, rien ne leur résistait et surtout pas les mortels... Il repense à ce sentiment divin, cette impression d'être sur un niveau supérieur. Un sentiment qu'il retrouve à fraction moindre seulement, maintenant qu'il est seul. Il compte faire tout son possible, ce soir.
      Ce soir, Caspian a une question à poser aux malchanceux qui viendront sonner.
      Trick or trick?


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