The Markie Horror Ficture Show

Mark Nomad
marknomadAnoos.fr


      - Je suis mort, constata Duncan avec amertume.
      - Ce n’est pas moi qui te dirais le contraire, lui répondit Methos tandis qu’il s’acharnait sur le cou de l’écossais. J’ai vécu cela un grand nombre de fois et je peux te dire qu’on ne s’y habitue jamais.
      Duncan soupira.
      - J’ai fait un rêve étrange cette nuit. J’ai rêvé d’un Immortel que j’ai tué il y a plus de soixante-dix ans.
      - Ce genre de choses nous arrive à tous tu sais. Eprouves-tu des remords de l’avoir tué ?
      - Non aucun. C’était un véritable monstre. Il méritait de mourir. Ce qui m‘étonne c’est d’avoir rêvé de lui précisément aujourd’hui, alors que je n’y avais jamais repensé auparavant.
      - Mon ami Freud te dirait qu’à travers ce rêve tu refoules un désir sexuel inavouable. Jung te dirait que le rêve est la confrontation naturelle de ton conscient et de ton inconscient. Moi je dis, que tu ne t’es pas complètement remis de ta cuite de hier soir.
      - Methos, je suis sérieux.
      - D’accord, d’accord. En parler te fera peut être oublier l’épreuve qui t’attends. Qui était cet Immortel qui hante tes nuits ?
      - J’ignore son nom. Tout ce que je sais c’est que c’était un clown.
      - Un clown ? Voilà qui écarte la théorie de Freud. A moins que… (Methos jeta à Duncan un regard suspicieux.) … tu ne me caches rien, dis moi ?
      - Methos, tu vas arrêter à la fin ?! J’essaye de te parler de quelque chose qui me préoccupe et toi…
      - C’est promis, j’arrête.
      - Bon. Je l’ai rencontré aux Etats-Unis en 1929, deux jours après le Krach boursier. Après avoir laissé Cory Raines nettoyer les banques du pays tout seul, Amanda m’avait rejoint. Nous avions repris la route ensemble pour atterrir dans une petite ville du Maine appelée Derry. Pour distraire Amanda, je l’avais invité au cirque. Une troupe donnait une représentation spéciale pour Halloween. Oh, rien de bien méchant. Juste de quoi effrayer les enfants. Les habituels animaux sauvages. Une chasse aux sorcières. La légende du cavalier sans tête revisitée… Puis vint le moment des clowns et c’est là que j’ai ressenti sa présence. La première chose qui m’a étonné chez lui, c’est le fait qu’en entrant sur scène le Clown nous avait tout de suite repérés au milieu de la foule. Comme si d’instinct, il avait su que nous étions les Immortels dont il ressentait la présence. Mis à part cela il n’avait rien de spécial. Un costume de clown tout ce qu’il y a de plus classique avec les couleurs bariolées, les grandes chaussures et le nez rouge. Les choses en seraient restées là, si je n’avais pas vu ses yeux et les lueurs folles qui y brillaient à l’intérieur. Le reflet des lampions, me diras-tu. C’est aussi ce que j’ai pensé sur le moment. Mais durant toute sa représentation, je le vis qui m’observais. Son regard était mauvais et je me sentais mal à l’aise. J’avais l’impression que l’enfant que je fus avait peur de ce clown, et qu’au fond de moi il me suppliait de fuir loin d’ici. Oh, tu peux sourire, mais tu n’en aurais pas mené plus large si tu avais été à ma place, crois-moi. Bref, le spectacle s’est finalement terminé. J’étais soulagé de ne plus être en présence de cet étrange individu, mais en même temps je voulais en savoir plus. Lorsque Amanda me dit qu’elle était fatiguée, je sautais sur l’occasion et lui conseillait de rentrer à l’hôtel toute seule, arguant que je voulais encore faire un tour dans le parc d’attraction avant de la rejoindre. Si j’avais su alors qu’elle en profiterait pour dérober une collection de bijoux dans le musée municipal, j’aurais certainement laissé tomber ce clown. Mais ça c’est une autre histoire. Donc, après le départ d’Amanda je me suis rendu dans le coin des caravanes, dans l’espoir d’y retrouver le clown. De loin, j’apercevais une petite fille, qui regardait à l’intérieur d’un chapiteau en riant. Elle se mit bientôt à crier. Crier, que dis-je ? Hurler plutôt. Et avec une telle force, que j’en avais mal aux oreilles. De là où j’étais il me semblait qu’une main griffue, l’avait attrapée. Un jeu d’Halloween, pensais-je avec amusement. C’est là que je le vis. Le clown, mon clown, apparaissant dans l’ouverture du chapiteau. Ses mains étaient devenues des pattes, surmontées de griffes. Lorsque sa bouche aux contours rouges s’ouvrit pour esquisser un sourire, je ne vis non pas des dents, mais des crocs acérés prêts à mordre. Il leva la tête et ses orbites noires éclairées d’une sombre lueur m’envahirent. Il eut l’air surpris de me voir et en même temps cela semblait l’amuser. Finalement il tira violemment la petite fille à l’intérieur de la tente et disparut. Je restais un moment, interdit par la vision d’horreur que j’avais eu, avant de reprendre mes esprits en réalisant que la petite fille ne criait plus. Je me suis donc précipité à l’intérieur du chapiteau, l’épée à la main. Sans le savoir, je venais de pénétrer dans l‘anti-chambre de l’enfer. Je fus tout d’abord attaqué par une horde d’indiens sauvages dont le pagne semblait avoir été cousu à même la peau. Quel esprit diabolique avait bien pu imaginer pareille torture ? M’étais-je demandé tout en délivrant ces pauvres malheureux de quelques coups d’épées bien placés. En quittant le lieu de la bataille, j’aperçus dans le reflet d’un miroir, une énorme araignée qui dévorait un tas de viande sanguinolente recouvert d’une petite robe rose pastel. Le miroir explosa et lorsque j’entra dans la pièce, je vis le clown en lieu et place de l’araignée. Le rouge autour de sa bouche s’était élargi du sang de sa victime. A mon approche, il s’enfuit dans la galerie aux miroirs. Sur ses traces, je me perdis dans ce labyrinthe aux mille reflets. Tour à tour, m’apparurent les horreurs de mon passé et, maintenant je le réalise, les horreurs de mon avenir. Richie me reprochant sa mort. Kronos, Cavalier sans tête, s’élançant vers moi, sur son destrier, l’épée à la main. Je dus combattre mes peurs cette nuit-là et, lorsque j’en vins à bout, il ne resta plus que le clown devant moi. Rien que lui, rien que moi.
      Le combat fut rapide. Je crois qu’il ne voulait pas vraiment prendre ma tête. En fait, quand j’y repense aujourd’hui, je n’ai pas l’impression qu’il ait perdu le combat. Ce n’est pas ainsi qu’il apparaît dans mes souvenirs, il n’est pas mort en vaincu. Ses dernières paroles résonnent encore dans ma tête : « Tu crois m’avoir tué, mais tu te trompes. Je suis plus vieux que tu ne peux l’imaginer. Je suis depuis toujours et je te survivrais. Car je suis la peur des Hommes. De leurs faiblesses, je puise ma force. Ne t’y trompes pas, je reviendrai. La nuit d’Halloween est ma nuit. C’est ce moment que j’ai choisi pour accomplir ma vengeance. »
      - Et ensuite?
      - Je l’ai décapité. Je suis retourné à l’hôtel et j’ai quitté Derry avec Amanda. Les jours d’après, j’ai suivi l’affaire dans les journaux. Le clown a bien été retrouvé décapité, ainsi que ses victimes. Sa tente avait été montée au-dessus d’une bouche d’égout. Dans les souterrains, ce sont des centaines de corps d’enfants atrocement mutilés qui ont été retrouvés. Les plus anciens dataient de 160 ans, mais à mon avis les premiers crimes remontent à bien plus longtemps.
      - Et c’est cela qui t’inquiète ? Un clown, tueur en série, qui au moment de mourir avait autant de répartie qu’un méchant de série B ?
      - Tu ne comprends pas Methos ? C’est la nuit d’Halloween.
      - Il y a eu bien d’autres nuits d’Halloween depuis 1929, et il ne t’est jamais rien arrivé de particulier, je me trompe ?
      - Non.
      - Alors pourquoi voudrais-tu qu’il se passe quelque chose de grave juste aujourd’hui ?
      - Je ne sais pas. Mais j’ai un mauvais pressentiment.
      - Je te l’ai déjà dis, tu projettes simplement sur le passé tes peurs présentes. N’y pense plus. De toute façon, il est l’heure d’y aller.
      Methos attrapa Duncan par l’épaule et, un petit sourire aux lèvres, l’amena vers la sortie.

                                                              ****

      Derrière-lui, Duncan entendait Amanda, qui sanglotait. « Si jeune, il était encore si jeune ».
      Duncan se retourna vers l’autel. Attiré par les lueurs mortes qui brillaient au fond des yeux du prêtre, il s’y plongea corps et bien. Et lorsqu’il lui reposa la question fatidique, il ne put s’empêcher de répondre Oui. Le prêtre sourit. Ses dents étaient longues et ses lèvres d’un rouge écarlate. Vous pouvez embrasser la mariée, fut sa dernière sentence.
      Elle releva lentement son voile comme pour faire durer le plaisir. En voyant son visage, Duncan se réveilla d’un long rêve de quatre cent ans pour plonger dans un éternel cauchemar.
      Lorsque Anne Lindsay MacLeod l’embrassa, il ne put réprimer un frisson.
      Cette nuit d’Halloween ne se finira-t-elle donc jamais ?



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