
Le char de la mort
Samalia
samalia.fanlanderAwanadoo.fr
Merci à Marie-Gwen pour la relecture
C'était un soir de 1776, la lune était pleine et le brouillard dense. En cette veille de la Toussaint, j'avais écumé toutes les tavernes de Greenock* dans l'espoir de gagner quelques pièces grâce à mon immense talent de joueur. Et malgré la quantité d'alcool que j'avais ingurgitée, je me sentais d'attaque pour traverser la lande et regagner Gurock, à 4 miles de là, où m'attendait une jeune et délicieuse créature.
La nuit était glaciale, humide et les bourrasques ralentissaient ma marche… j'avais de plus quelque mal à éviter les branches qui se dressaient sournoisement sur mon chemin. C'est après ma sixième chute … ou peut-être la septième ?… que je l'ai vu. Il était là debout sur une de ces charrettes sur lesquelles on transportait alors les morts. La charrette était remplie de pierres énormes et deux pauvres malheureuses haridelles tentaient tant bien que mal de tirer leur curieux chargement. J'avais qui plus est la désagréable impression que la tête du conducteur tournait à 360°… J'ai mis ça sous le compte de la chute et j'ai poursuivi sereinement mon périple à travers la lande, rythmé par le son monocorde du grincement des roues de la charrette qui s'éloignait.
Malheureusement, je n'ai pas vu, pour une raison qui m'échappe encore, le fossé : j'ai dégringolé pendant environ trente mètres et me suis fracassé la tête contre un arbre. Quand j'ai repris vie, le grincement des essieux résonnait dans ma tête avec une intensité douloureuse : j'étais sur la charrette remplies de pierres ! Ces pierres étaient d'ailleurs beaucoup plus confortables qu'il n'y paraissait … Et pour cause : ce n'était plus des pierres mais un amas de corps au sommet duquel je trônais !
Et ce n'était pas le pire : je n'avais pas eu d'hallucinations, l'être menant ce monstrueux convoi virait sans cesse sa tête telle une girouette, embrasant d'un seul regard toute la région. Drapé d'un linceul, l'homme d'une maigreur stupéfiante, aux cheveux longs et blancs, cachait sous un large feutre son regard cruel et inhumain. Il ne cessait de chanter d'un ton funèbre :
"La mort, le jugement, l'enfer froid. Quand l'homme y songe, il doit trembler."
La chanson n'était pas des plus mélodiques mais cela aurait été supportable s'il ne tournoyait pas dans un même mouvement une gigantesque faux au-dessus de sa tête. Elle m'avait déjà frôlé à plusieurs reprises, et je ne souhaitais pas spécialement mourir suite à une maladresse d'un type qui avait de toute évidence un problème psychologique grave. J'ai décidé de me glisser discrètement le long des corps et de déguerpir, dans le sens opposé, rejoindre ma Dulcinée.
Hugh Fitzcairn interrompit son récit et observa ses deux interlocuteurs qui le considéraient d'un air faussement affligé.
- Tu sais Fitz, si cela te plait vraiment de déambuler dans une combinaison moulante ornée d'un squelette fluorescent, ok. Mais n'espère pas qu'on va gober cette histoire ! Tu as des goûts… hmm… que je qualifierais de spéciaux ?. Assume-les ! plaisanta Amanda.
- Hé MacLeod ! Tu me crois toi au moins ?"
- Mais bien-sûr Fitz, moi-même je suis devenu Immortel grâce au Père Noël, ironisa Duncan en lançant une œillade à Amanda. Pourquoi je ne croirais pas à ta rencontre avec l'Ankou** ?
- Avec qui ? demanda Fitz comme si une évidence venait de le frapper.
Amanda éclata de rire et ajouta taquine :
- Dites les garçons, je ne vous ai jamais raconté ma rencontre avec la Fée Bleue ?
Fin
* Greenock, ville d'Ecosse situé sur l'estuaire de la Clyde, proche de Glasgow, très prospère alors.
** Ankou : personnification de la Mort dans les légendes bretonnes. Dépeint comme un squelette, il entasse ses victimes dans une charrette.
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