L'ange du souvenir
Marie-Gwen
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- Dépêche toi Richie, ils ne vont plus tarder maintenant !
- Je sais, je sais Mac, il ne me reste plus qu'à acc...aaaahhhhh !
Le tabouret sur lequel était juché Richie bascula soudain sous ses pieds, entraînant le jeune homme à terre dans un cri. Fort heureusement, l'immense sapin amortit quelque peu sa chute au prix de quelques boules et guirlandes emportées.
Levant les yeux au ciel, Duncan aida Richie à se relever. Ce dernier, tenant toujours l'ange doré à la main, épousseta les aiguilles fichées dans son pull et ses cheveux. Il sourit piteusement à Mac en lui tendant l'objet. Dans un soupir, le Highlander remit le tabouret sur pied, monta dessus, et planta d'un geste décidé l'ange au sommet du sapin trônant au beau milieu du dojo.
- Franchement, un sapin de Noël ! grommela-t-il en repartant vers la cuisine d'où s'échappaient d'agréables odeurs.
- Mais Mac, c'est la tradition ! protesta Richie
- Tradition ? Tu appelles ça la tradition ? Quand j'avais ton âge...
Le monte-charge s'ébranla soudain vers le bas au moment où la sensation d'un Immortel approchant envahissait les sens des deux hommes, interrompant MacLeod au grand soulagement de Richie. "Un sermon de moins" pensa-t-il furtivement.
La grille relevée révéla une mince silhouette aux cheveux bruns et courts, toute de noir vêtue. Amanda, les joues rosies par le froid et emmitouflée dans une grande cape noire, entra dans la pièce.
Duncan se dirigea vers elle et la prit dans ses bras. Elle sentait le musc et le santal, et ses yeux ombrés de mauve pétillaient de malice. Elle embrassa Duncan langoureusement sur la bouche avant de saluer Richie en lui déposant un léger baiser sur la joue qui donna l'impression au jeune homme d'avoir été frôlé par une libellule.
Puis, laissant négligemment tomber sur le divan les sacs qu'elle tenait à la main, elle ôta sa capeline, découvrant une robe près du corps entièrement pailletée d'or et outrageusement décolletée. Amanda était là.
Avec une exclamation de surprise, elle se dirigea vers le sapin pour l'admirer et se retourna vers Duncan avec un sourire interrogateur. Ce dernier se contenta de désigner Richie qui se gonfla de plaisir.
- Il te plait Amanda ? Je l'ai choisi et décoré moi-même !
- Tu as réussi à convaincre Mac de l'installer chez lui ? Félicitations Richie, enfin un Noël traditionnel... ajouta-t-elle avec un sourire à l'intention de Duncan qui, levant une fois de plus les yeux au ciel, retourna à ses fourneaux.
Richie sortit les flûtes et la bouteille de Dom Pérignon qui attendait au frais au moment où le monte-charge descendait à nouveau. Ce fut Joe qui arrivait à son tour, portant lui aussi un sac d'où débordaient rubans et papier doré.
La pendule sonnait tout juste neuf heures lorsque Methos fit également son entrée, par la porte latérale, mains dans les poches, et précédé du buzz si particulier qui le caractérisait.
Après quelques minutes de babillage au champagne, Duncan annonça que le dîner était prêt.
Les cinq amis passèrent à table pour déguster foie gras, cailles rôties, marrons chauds et autres délices arrosés de limonade de Reims. Les rires fusaient au rythme des conversations, et bientôt les souvenirs des Noël vécus par les uns et les autres furent racontés pour le plus grand plaisir de tous.
Duncan leur conta ainsi le premier Noël dont il avait le souvenir, à Glennfinan, alors qu'il avait à peine 5 ans et de la merveilleuse vision qui lui était apparue ce soir là. Il ne se souvenait pas de tous les détails mais gardait l'impression diffuse que cette nuit de Noël de 1597 avait eu une grande influence sur sa vie.
Amanda quant à elle les fit tous rire aux éclats avec le récit du réveillon qu'elle avait passé, il y avait près de 600 ans de cela, enfermée dans la salle d'armes d'un château qu'elle tentait de dévaliser. Elle avait dû rester cachée toute la nuit et près de la moitié du jour suivant engoncée dans une armure afin d'échapper aux regards des occupants de la demeure rentrés à l'improviste. Mac conclut en riant qu'à l'évidence, cela ne lui avait pas servi de leçon et Amanda répondit qu'elle s'était vengée en cambriolant le même château tous les soirs de Noël pendant les 5 années suivantes !
Joe leur fit le récit poignant du réveillon de Noël passé au Viêt-Nam quelques jours à peine avant l'embuscade qui lui avait coûté ses jambes.
Richie à son tour prit la parole pour raconter avec force détails et une indignation encore palpable la première nuit qu'il avait passé en garde à vue, le réveillon de Noël de ses 13 ans. Mais s'il forçait le trait, il n'oublia cependant pas de dire que les officiers de garde ce soir là avaient partagé avec lui le festin de fortune concocté par leurs épouses respectives et qu'il avait ainsi pour la première fois goûté une part de bûche.
Minuit sonna au moment où il achevait son récit en même temps que son assiette. Richie se précipita alors vers le sapin pour aller chercher les quelques cadeaux disposés autour. Revenant vers la table avec un grand sourire, il commença la distribution. Il avait prévu un petit quelque chose pour chacun des convives, et tous furent touchés et ravis par l'attention. A leur tour, Duncan, Amanda, Joe et même Methos, pourtant arrivé les mains vides en apparence, sortirent de leurs cachettes des paquets de forme et de taille diverses pour les offrir à leurs destinataires.
Amanda se vit ainsi offrir une bouteille de parfum par Richie, une magnifique étole de cachemire bleue par Joe, un bracelet ouvragé en or visiblement très ancien (Methos lui assura qu'il l'avait volé exprès en son honneur, et tous rirent de nouveau), et les plans complets et très détaillés du Louvre et des réseaux, conduits et canalisations permettant, avec un peu d'imagination, d'y accéder en toute discrétion. Elle sourit, sachant que Mac la mettait ainsi au défi de briser sa promesse de ne plus se risquer dans de telles entreprises.
Duncan reçut de la part de Joe une des chroniques de Darius que les guetteurs pensaient avoir perdu depuis des années. Lorsqu'il l'avait retrouvée par hasard, Joe avait préféré ne rien en dire et confier ce trésor à celui qui en apprécierait le plus la valeur. Emu, Duncan remercia son vieil ami d'un signe de tête avant d'ouvrir le cadeau de Richie. Il s'agissait d'une chemise en soie gris clair. Duncan leva un sourcil interrogateur puisqu'il possédait exactement la même. Richie lui expliqua alors de façon confuse que la chemise en question avait connu une fin précoce quelques jours auparavant alors que Richie la lui avait subrepticement empruntée pour un soir... Methos quant à lui offrit au Highlander un tee-shirt arborant fièrement en gaélique "Je suis Duncan MacLeod du Clan MacLeod". Amanda enfin lui tendit une fine enveloppe. Duncan lut la carte qu'elle contenait et dévisagea Amanda, interdit. Celle-ci se pencha vers lui et lui murmura quelques mots à l'oreille. Tous virent alors le Highlander rougir jusqu'aux oreilles avant de ranger la carte et de la glisser dans sa poche.
Richie ne reçut qu'un tout petit paquet de la part de tous. Il l'ouvrit lentement, et la stupéfaction envahit ses traits pour aussitôt laisser place à un immense sourire lorsqu'il en sortit un porte-cl é rouge au bout duquel pendait une clé unique – une clé de moto. Fou de joie, il interrogea du regard Mac qui lui fit un signe désignant le rez-de-chaussée. Richie se précipita alors en bas, suivi de la petite troupe, pour découvrir le bolide de ses rêves trônant au milieu de la salle d'armes, entouré d'un gros nœud rouge assorti à la carrosserie flamboyante de l'engin.
Ils remontèrent ensuite pour continuer d'ouvrir les cadeaux. Joe avait également été très gâté par tout le monde, et Methos quant à lui observait avec perplexité les quatre paquets cadeau qui lui étaient destinés. Bien que l'emballage différât, chaque présent semblait de taille et de forme identique. Il les ouvrit rapidement et tous éclatèrent de rire. Sans aucunement se concerter, Amanda, Joe, Richie et Mac avaient tous offert au ROG le même cadeau : un livre de cuisine intitulé "1001 recettes pour cuisiner à la bière". Le rire du plus vieil immortel se joignit aux autres et ils retournèrent à table pour déguster la bûche.
Richie rappela alors à Methos qu'il était le seul à ne pas leur avoir raconté son Noël le plus marquant. L'attention se tourna vers le ROG qui, finissait son champagne à petites lampées. Il se fit tout d'abord prier puis accepta de leur parler d'un Noël dont il se souviendrait à jamais.
- "A cette époque, commença-t-il, je tenais une modeste auberge dans un petit village de Judée"
Les autres se regardèrent mais aucun n'osa interrompre le récit de Methos qui poursuivit :
- "L'Empereur avait ordonné un recensement de toute la population, et le village était pris d'assaut par les voyageurs venus sur les Terres de leurs ancêtres pour être inscrits sur les registres. Mon auberge était pleine à craquer, et même mon étable était utilisée pour loger les bergers de passage. Ce soir là arriva un homme d'une trentaine d'années, au visage affable, qui me demanda une place pour la nuit. Je n'avais malheureusement rien à lui offrir, mais l'homme insista, m'expliquant que sa femme était grosse et sur le point d'accoucher. Je sortis avec lui afin de lui montrer que même l'étable était déjà bondée, et il me présenta son épouse, une jeune femme d'à peine 18 ans juchée sur l'âne qui les avait menés jusque là. Lorsqu'elle leva les yeux sur moi, mon cœur manqua un battement dans ma poitrine. Cette femme était la plus belle que j'ai jamais vu, et aujourd'hui encore sa beauté reste la plus pure et la plus délicate à mon souvenir. Même Hélène de Troie (dont la réputation était très surfaite), ou Cléopâtre n'auraient jamais pu rivaliser avec les traits fins et délicats de la future mère. Son visage était celui d'un ange, ses yeux clairs évoquaient les matins d'été, et sa bouche délicate une rose à peine éclose. Une impression de sérénité absolue émanait de tout son être et elle semblait rayonner de l'intérieur, à tel point qu'il me sembla un instant apercevoir un halo de lumière diffuse autour d'elle. L'idée de laisser cette famille dehors me fut alors insupportable, et je proposais à l'homme de les guider jusqu'à une étable que je savais inutilisée aux abords du village."
Methos s'interrompit en voyant les regards amusés de ses amis. Il était manifeste qu'aucun ne croyait un traître mot de son histoire.
- "Je vois que vous avez tous compris de qui je vous parle, et que vous allez me répondre que vous connaissez la suite. Malheureusement, je ne vais pas vous raconter comment j'ai assisté à la naissance de celui que l'on nomma Jésus Christ, puisque je n'ai pas eu cette chance. Alors que je retournais à l'auberge, je sentis la présence d'un autre Immortel. Je savais que Kronos était encore sur mes traces, et je préférai m'éclipser rapidement. Sans prendre la peine de vérifier l'identité de l'Immortel présent dans l'auberge, je rassemblai rapidement quelques affaires et me joignis à une caravane en partance pour Jérusalem, abandonnant derrière moi mon auberge, mes hôtes et celle qui était, je l'appris plus tard, Marie, future mère de Dieu. Voici comment je n'assistai PAS à ce qui devint l'événement fondateur de notre civilisation..."
-" Tu as raté cela pour éviter un stupide combat ?" demanda Duncan dans un éclat de rire.
Methos sourit à son tour :
-" Eh, après tout, il fallait bien respecter la trêve : c'était la nuit de Noël, même si personne ne le savait encore..."
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