Extrait de
"SHARE THE DISASTER"


Sandra McDonald
sandra1012Aattbi.com
Traduit par Poupov et Frédéric J.


Texte intégral : "Share the Disaster (Version française)"




ATTENTION : Ceci est le premier chapitre de "Share the Disaster", le second volet de l'excellente trilogie "Lay Down Your Sword". Il n'est pas indispensable, mais conseillé, de lire "Le Repos du Guerrier" avant pour éviter les spoilers.


      Methos se jeta dans la gorge de la rivière.
      Il s’était tout d’abord frayé un chemin à travers des kilomètres de jungle luxuriante, sous un soleil ardent dont la lumière était teintée de vert par la voûte végétale au dessus de lui. Il était la seule personne à des kilomètres à la ronde, mais ne marchait pas seul. Des oiseaux aux couleurs d’arc-en-ciel glissaient d’arbre en arbre, piaillant et chantant dans le seul langage qu’il ne comprendrait jamais. Serpents, insectes et grenouilles faisaient aussi sentir leur présence. La jungle elle-même, ancienne et puissante, vibrait autour de lui dans un cycle sans fin de croissance et de déclin, commandé par des forces qui le dépassaient.
      Ce jour marquait un changement pour toutes ces forces, un changement qu’il respectait instinctivement. Le solstice d’été, tournant de l’année.
      Son anniversaire.
      La raison pour laquelle il se jetait dans cette gorge.
      Il atteignit son point favori à midi, les vêtements trempés de sueur et les muscles meurtris par l’ascension. Déposant son sac à dos, il s’assit sur un carré d’herbe à côté d’une pierre et profita de quelques minutes de repos. A l’est, les chutes de Connor grondaient en s’écrasant dans un spectaculaire chaos sur l’étroit canyon en contrebas. Le brouillard qui montait des rochers déchiquetés luisait dans les rayons du soleil. Un plongeon à cet endroit serait un pur suicide, même pour un Immortel, mais ce n’était pas ce qu’il avait en tête.
      Ceirdwyn lui avait préparé un repas pour ce qu’elle pensait n’être qu’une de ses randonnées. Il décida de le garder pour après, car il détestait mourir le ventre plein. Il se leva et se débarrassa de ses vêtements. En équilibre au bord même du gouffre, la terre sombre et humide entre ses orteils, bras tendus et yeux fermés, il récita silencieusement une ancienne prière égyptienne d’anniversaire.
      Puis il plongea.
      Comme prévu, l’impact d’une chute de cette hauteur chassa l’air de sa poitrine, il sombra sans s’en apercevoir. Il ressuscita quelques instants plus tard et remonta tout en haut à son point favori. Fredonnant une chansonnette populaire à l’époque de Jules César, il mangea son repas et s’étendit pour une sieste à la chaleur du soleil, encore nu, ses vêtements pliés sous la tête en guise d’oreiller.
      Une heure plus tard, il se réveilla, s’habilla, endossa son sac et plongea dans la gorge une nouvelle fois.


      Il ne faisait pas ça par goût. Se jeter dans un précipice uniquement pour tomber, virevolter, tournoyer impuissant alors que l’eau et les rochers se ruaient à sa rencontre, sentir son estomac se tordre ses testicules s’écraser, son cœur remonter dans sa gorge… Rien de tout cela n’était amusant. Il s’était jeté de falaises, de ponts, de fjords, de tours, de gratte-ciels même. Pas parce que c’était amusant. Ce qui était amusant, c’était de jouer au foot avec dans le crépuscule avec un Duncan maladroit. Ce qui était amusant, c’était Ceirdwyn l’attendant à la porte, une rose jaune entre les dents et rien sur le corps. Ce qui était amusant, c’était les soirées de poker menteur quand lui, Duncan, Richie et Michel essayaient de se battre les uns les autres, fomentant des plans incroyables pour s’approprier des millions en argent factice.
      Il plongeait parce qu’il en était capable et que cela le terrifiait. Un double rappel de qui et de quoi il était. Surmonter sa peur et ressusciter grâce à ses pouvoirs d’Immortel, c’est ainsi qu’il commençait et achevait chacune des années qui passaient. Au début de l’été, en privé, loin des autres Immortels qui étaient venus vivre en reclus pour se cacher de ceux du monde extérieur qui les auraient chassés et tués. Ils avaient commencé à quatorze, mais Amanda était tombée par un terrible soir au sommet d’une montagne suisse. Cette même nuit, Connor avait rencontré une lame meilleure que la sienne. Le souvenir de cette nuit, quarante ans auparavant, faisait toujours passer des lueurs de chagrin dans les yeux de Duncan.
      Methos écarta ces souvenirs. Cinq millénaires et demi lui avaient appris qu’il valait mieux ne pas vivre dans le passé. Les morts et les disparus passaient, tels des étoiles filantes, des éclairs de joie qui disparaissaient à peine apparus. C’était mieux ainsi. De trop nombreux souvenirs apportaient trop de peine, menant parfois presque à la folie.

      Il rentra paisiblement à travers la jungle vers sa maison, située sur une colline auprès d’un ruisseau, dominant le dojo du village et le Hall de l’Amitié.
      Derrière les murs du jardin de Ceirdwyn, sa demeure, petite et pleine de grâce, se fondait dans la forêt et dans la nuit. Des torches illuminaient l’obscurité pour lui souhaiter la bienvenue, mais quand il eut dépassé les arches et le foyer à ciel ouvert, il ne vit aucun signe de la présence de Ceirdwyn dans les chambres obscures.
      Il sentit la présence d’au moins un autre Immortel, mais vu le lieu et l’époque, il n’avait aucune raison de craindre les siens. De plus, Ceirdwyn l’avait prévenu que Michel et Naseem passeraient peut-être pour le dîner.
      Il retira ses chaussures et se dirigea vers le salon qui s’ouvrait sur une forêt obscurcie, écoutant les insectes. Une carte blanche l’attendait sur la table à manger, et un chemin de pétales de rose jaunes le conduisit dans la cour. Ceirdwyn lui promettait dans la carte qu’elle ne portait rien d’autre sous sa robe qu’une fine chaîne en or autour de la taille. Une fois les invités partis, elle accepterait peut-être de faire des choses que les gentilles petites filles celtes ne font pas habituellement.
      Methos sourit.
      Il suivit les pétales de rose le long du corridor, appela Ceirdwyn et laissa échapper un cri de surprise quand des mains l’agrippèrent et le soulevèrent en l’air. Des encouragements se firent entendre, ses ravisseurs le lâchèrent sans cérémonie dans la fontaine. Il se releva en protestant.
      « Surprise! » crièrent douze Immortels, le tout suivi d’une interprétation retentissante et plutôt mal accordée de « Happy Birthday to You! »
      Holland MacLeod s’avança vers lui, portant un lourd plateau surmonté de tant de bougies qu’il était probablement visible sur les photos satellite.
      Assis dans sa fontaine, ruisselant pour la troisième fois de la journée, Methos fit la seule chose qu’il pouvait faire - souffler les bougies sous les rires et les applaudissements.
      « Bravo, vieil homme, » dit joyeusement Duncan, le tapant dans le dos et l’aidant à sortir de l’eau.
      « Bon anniversaire, mon chéri, » dit Ceirdwyn en l’embrassant tendrement, les yeux encore brillant de malice. « Surpris ? »
      « Plus que tu ne pourrais le croire, » reconnut Methos, affectant un air nonchalant. « Mais qu’est-ce qui vous fait croire que c’est mon anniversaire ? »
      Holland l’embrassa sur la joue. « Tu prétends ne pas en avoir un, ou ne pas en vouloir un, alors on a décidé de te le fêter quand même, et on a choisi un jour au hasard. »
      « En fait, » dit Michel, les traits slaves de son visage plissés par son sourire, « c’est Richie qui a choisi le jour. »
      « Il y a déjà quelques mois, » ajouta Naseem.
      Richie se tenait en retrait des poignées de main et de baisers, attendant patiemment son tour, buvant une bière à côté de Joe Dawson. Quarante ans avaient passé depuis Versailles, et il avait décidé que sa place était à l’arrière de la foule. La sociabilité qui avait été la sienne dans sa jeunesse lui avait été volée par des bouchers mortels. Versailles l’avait laissé amical mais prudent, attentionné mais détaché. Jenir lui tournait autour, toujours pleine d’espoir, mais il n’avait jamais donné un seul signe avant-coureur d’amour pour elle.
      « Alors comme ça, il a choisi la date ? » demanda Methos. Ça n’était pas vraiment surprenant. Le Richie Ryan qui était redescendu de cette montagne Suisse n’était pas tout à fait le même que celui que Methos et Duncan y avaient transporté.
      Tsaganis s’accrocha sur la voix de Methos et vint à lui la main tendue. « Vous êtes complètement trempé, chef, » dit l’Immortel aveugle. A leur tour, Gustaf, Huang, Alan, Paulo et Jenir se succédèrent pour présenter leurs félicitations et leurs rires.

      Au cours de la célébration, Methos remarqua que Holland et Duncan, bien qu’apparemment de bonne humeur, se tenaient de part et d’autre de la cour. Ce qui signifiait qu’ils s’étaient encore disputés. Il en parla à Ceirdwyn une fois leurs invités partis.
      « Ils surmonteront ça, » dit-elle, l’enveloppant de ses bras, ses lèvres venant se presser contre celles de Methos.
      Des étincelles de plaisir apparurent dans son bas-ventre, repoussant les pensées de Duncan et Holland. Methos glissa ses doigts dans les cheveux de Ceirdwyn.
      « Alors, » commença t-il sur le ton de la conversation. « Que portes-tu vraiment là dessous ? »
      « Une chaîne en or, » dit-elle.
      « Et accroché dessus ? »
      « La clef qui ouvre mon cœur. » Elle sourit, retira les mains de sa taille, les passa dans son dos et dégrafa sa robe. La soie en tomba à ses pieds et forma comme un bassin autour de ses chevilles. Sa peau luisait à la lueur de la torche.
      « Qu’en pense le héros du jour ? » demanda t-elle. « Veut-il ton cadeau d’anniversaire ? »
      « Plus que tu ne pourrais le croire, » dit-il, alors qu’il la laissait lui retirer son pantalon.
      Les mots firent place aux caresses.
      Une nouvelle année commençait.