Merci à ma môman, à Marie-Gwé et à Frédéric pour la relecture.
Avertissement :
Cette histoire se déroule entre les deux épisodes de la cinquième saison intitulés : Le retour du mal 1 et 2 (Evil leapers). Si vous n'avez pas vu ces épisodes, vous ne pourrez pas comprendre cette fanfic… enfin on peut aimer sans comprendre ;-)
Passer de la peau d'un personnage à un autre n'est pas des plus reposant. Heureusement, la plupart du temps, le docteur Sam Beckett oublie dès le saut suivant tous les dangers auxquels il a dû faire face. Malheureusement, il arrive aussi qu'il se souvienne des moindres détails de sa précédente mission : ce n'est jamais bon signe, cela signifie qu'il a échoué. Et c'est ce qui se passait à l'instant même.
Le visage d'Alia surgit des profondeurs de sa mémoire alors que Sam achevait sa transmutation. Il pouvait presque encore sentir son corps serré contre le sien dans l'ultime espoir d'une transmutation commune. Désorienté, il regarda autour de lui : aucune trace d'Alia. Il se trouvait dans une sorte de laboratoire d'une blancheur telle que c'en était presque aveuglant. Face à lui, une immense baie vitrée donnant sur une petite pièce meublée d'un unique lit. Sam aperçut dans un recoin de la pièce une silhouette recroquevillée sur elle-même, tremblant, gémissant. Il s'approcha davantage afin de distinguer son visage, déglutit.
- Oh bravo !
Alia était là devant ses yeux !
Il tambourina sur la vitre, agita frénétiquement ses bras pour attirer son attention, elle ne l'entendait ni ne le voyait. La vitre devait être sans tain et insonorisée. Etrange… dans quel endroit bizarre était-il encore tombé…?
Les questions habituelles se bousculaient dans sa tête : Quand ? Où ? Qui ? Pourquoi ?
Quand était sans aucun doute la question à laquelle il était le plus difficile de répondre. Le décor, impersonnel et futuriste, ne donnait guère d'indications.
Où ? Sa première impression lui avait fait croire à un laboratoire, mais Alia était de toute évidence prisonnière. Un hôpital psychiatrique ? Non. L'endroit disposait de technologies bien trop coûteuses pour ce genre d'établissement. Peut-être se trouvait-il dans un centre de recherches scientifiques ? Il avait une désagréable impression de " déjà vu ".
Qui ? Hmm, aucun miroir à portée de regard, ses vêtements étaient tout aussi impersonnels que pouvait l'être le décor : jeans, baskets, tee-shirt… et une blouse blanche avec un badge ! Connaître son nom serait déjà une bonne chose, il ôta son badge et lu : Dr Herbert George Wells !
- C'est une blague ? murmura interloqué Sam Beckett. Il faut que je trouve une glace, il ne manquerait plus que je me sois transmuté dans le véritable HG Wells ! Al où es-tu quand j'ai besoin de toi ???!
Sam farfouilla dans tous les tiroirs et armoires et finit par abandonner au bout d'une demi-heure de recherches infructueuses… Il jeta un coup d'œil rapide sur Alia, elle semblait s'être assoupie, et décida de quitter son refuge pour explorer plus avant son nouvel environnement.
Il poussa la porte et se retrouva dans un couloir… blanc ! Décidément la couleur n'était pas la bienvenue ici. Il prit le couloir sur la droite et passa devant la porte de la chambre où devait se trouver Alia. Il n'y a avait pas de poignée : un petit boîtier dans le renfoncement du mur devait permettre son ouverture, mais bien-sûr Sam en ignorait le code.
Il poursuivit sa route, se heurtant chaque fois à des portes closes.
- Aucune porte ouverte, personne à l'horizon… Ca y est ! Je suis tombé dans la Quatrième Dimension !
Une porte céda enfin. Elle ouvrait sur une salle tout en longueur et dont un des murs semblait abriter un immense ordinateur ultra perfectionné : aucun signal lumineux, il semblait hors service. Sam se sentait de plus en plus mal à l'aise, il avait la désagréable impression d'être observé… pourtant la pièce était vide.
Un bourdonnement à ses côtés le fit tressaillir : l'amiral Calavicci venait d'émerger du mur adjacent dans une tenue dont lui seul, heureusement !, avait le secret : costume orange, mocassins mauves, chapeau mou vert assorti à la chemise. Sam secoua la tête, consterné.
- Al ! Enfin ! Tu as mis le temps !
- Aaaaaaaaaaaaargh !
Sam sursauta.
- Qu'est-ce qui te prend d'hurler comme ça ?
- Sam… ton… ton… vivi…ton vivi…
- Mon quoi ?
- Ton visage !
- Quoi mon visage ? Il n'est sûrement pas pire que ta tenue, ajouta Sam en ricanant.
- Sam ! Je ne plaisante pas ! Tu ne t'es pas encore vu ?
- Non. Aucun miroir, c'est pas faute d'avoir cherché pourtant.
Al tournait à présent autour de Sam en dodelinant de la tête, tirant nerveusement sur son cigare.
- Je t'en prie Al, arrêtes ton cirque et dis moi ce que mon visage a de si effrayant !
Al toussota.
- Il n'a rien d'effrayant Sam, un vrai visage de séducteur… ton portrait craché !
- Mon portrait craché ? répéta Sam incrédule. Je suis moi ?
- Non Sam, c'est pas ce que j'ai dit. Le type que tu remplaces te ressemble comme deux gouttes d'eau mais ce n'est pas toi, il doit avoir 25 ans tout au plus. Tu t'appelles Herbert George Wells et tu es médecin, chercheur ou quelque chose comme ça...
- Ouuuh ! Que de précisions, ironisa Sam, apprends-moi plutôt quelque chose que j'ignore.
Al sourit.
- Tu veux savoir quelque chose que tu ignores hein ? Alors accroches toi ! Tu te trouves dans le Nordeste brésilien, au cœur du désert… et nous sommes le 2 juillet 2010 !
- Impossible, affirma Sam d'un ton catégorique.
- Si tu le dis, ricana Al.
- Je ne peux pas me transmuter en dehors de ma ligne de vie, ni avant, ni après. C'est scientifiquement impossible.
- Tu prêches un convaincu. Malheureusement tu es bel et bien en 2010. Toutes tes grandes théories n'y changeront rien !
- Il doit y avoir une explication rationnelle. Ca n'est jamais arrivé auparavant…
Al se racla la gorge.
- Quoi ? C'est déjà arrivé ?
- Je ne peux pas répondre à cette question.
Sam fusilla Al du regard.
- Tu ne crois pas que tu pourrais pour une fois déroger aux règles !
- Ziggy dit que…
- Je me fiche de ce que dit Ziggy ! J'ai un mauvais pressentiment, Al.
- Bon Ok. On peut considérer ça comme un cas de force majeure…
Le boîtier entre les mains de Al se mit à émettre des petits bruits aigus et à clignoter de mille feux.
- Ca va Ziggy ! Je prends toutes les conséquences à ma charge ! Pas la peine de m'engueuler ! Fichu ordinateur ! ajouta-t-il en frappant vigoureusement sur le boîtier multicolore. Lors d'une de tes missions tu t'es transmuté dans la peau de ton arrière-grand-père, John Beckett, pendant la guerre de sécession.
- Hmm, je ne m'en souviens pas. Mais dans ce cas là cela s'explique par l'ADN commun entre membres de la même famille… et Wells n'est pas de ma famille ?
- Absolument pas !
Sam resta silencieux, le front plissé, le regard vague pendant plusieurs secondes qui parurent une éternité à Al.
- Eh, finit-il par lâcher, tu peux me faire bénéficier de tes déductions ?
Sam regarda Al et soupira.
- Je crois que je me suis transmuté dans mon propre clone.
Al marchait de long en large… ou plutôt flottait. Sam lui avait expliqué qu'il avait vu Alia enfermée dans une chambre, que depuis le début il ressentait une impression de déjà vu qu'il ne s'expliquait pas. A présent toutes les pièces du puzzle s'emboîtaient : Alia, le nom étrange du Docteur Wells, son physique…
- Si j'ai pu me transmuter dans le futur c'est simplement parce que Wells et moi sommes génétiquement identiques. Je pense que je suis dans le centre où est né Lothos et que c'est moi, du moins cet autre " moi ", qui est à l'origine de ce projet. Tout est semblable et cet ordinateur que tu vois là est la copie conforme de la première mouture de Ziggy. En fait, Alia et moi nous sommes bien transmutés ensemble mais pas comme je l'espérais. Je ne sais pas si c'est réellement elle qui est ici ou si elle a sauté ailleurs mais une chose est sûre, elle est toujours prisonnière de Lothos, ça explique pourquoi elle n'est pas dans la salle d'attente du projet Quantum. Reste à savoir où sont tous les autres membres de ce centre.
- Je vais tenter d'en savoir plus du côté du Docteur Wells.
Sam restait pensif.
- Un problème ?
- Je sais pas. Il y a quelque chose de bizarre. Tu me dis qu'on est en 2010 et que j'ai l'air d'avoir 25 ans. Tu as demandé son âge à Wells ?
- Bien-sûr… mais il refuse de répondre à nos questions.
- S'il a effectivement 25 ans, ça signifie qu'il a été créé au milieu des années quatre-vingt. Or les recherches sur le clonage humain n'ont vraiment abouti qu'au début des années quatre-vingt-dix… enfin officieusement.
- Ziggy confirme. Aucun clonage n'était possible avant 1990. Elle ajoute que les premiers clones ont très vite montré des signes spécifiques à la vieillesse comme l'arthrose. Elle estime à 62 % la possibilité que les effets soient identiques chez l'homme.
- Oui probablement. Mais dans le cas de Wells on ne parle pas de signe de vieillesse. A mon avis, les personnes responsables de ce clonage ont dû trouver aussi le moyen d'accélérer la croissance de l'être humain… et donc de diminuer sa durée de vie.
- Heeeerk ! Si c'est ça le futur ce sera sans moi… Déjà que les couleurs ont l'air d'avoir complètement disparu, bonjour la sinistrose !
- Si ça pouvait t'inciter à mettre des tenues plus discrètes, plaisanta Sam.
Al ne répondit même pas aux sarcasmes de son ami et disparut derrière la porte du caisson holographique.
Le Dr Beckett soupira, il lui fallait à présent découvrir le cœur du projet Lothos : Lothos lui-même.
Sam passa sa tête dans l'entrebâillement de la porte, jeta un œil à gauche puis à droite : personne ! Il avança dans le couloir et se décida à poursuivre jusqu'à son extrémité. Ce couloir n'était pas sans fin, il devait forcément mener quelque part.
Après un quart d'heure de marche Sam commença à se fatiguer.
- Ce couloir est-il sans fin !? Quel est architecte assez tordu pour concevoir un truc pareil ! Evidemment ça doit être ce bon Docteur Wells ! J'ai moi-même participé à la conception du centre du Nouveau Mexique. Plus le lieu est complexe, moins il y a de chance d'avoir des fuites ! Tu parles ! Vu les derniers événements on peut dire que la complexité architecturale du projet Quantum était un beau fiasco ! Non seulement on m'a volé mon projet mais pire que tout on est venu me le prendre directement dans mon cerveau !
Sam stoppa net ses sombres pensées : il avait devant lui un ascenseur ! Il plaça sa main contre le mur en priant que les empreintes du Docteur Wells ne soient pas interdites de circulation. La porte s'ouvrit et à son grand soulagement aucune alarme ne retentit. Il appuya sur la touche de l'étage supérieur : l'ascenseur s'ébranla.
Sam n'en croyait pas ses yeux. La porte de l'ascenseur s'était ouverte sur un monde totalement différent de l'étage inférieur. On aurait dit une immense fourmilière, ça grouillait de partout. Se perdre dans la foule aurait pu être une idée rassurante si seulement le silence qui régnait dans cette agitation n'avait pas été aussi angoissant, si seulement le regard apeuré de toutes ces personnes n'avait pas effrayé Sam lui-même.
Sam avança doucement et se rendit rapidement compte que les gens autour de lui le saluaient avec crainte, fuyaient son regard, s'effaçaient devant lui. Bref rien de bien engageant.
Il observa les alentours et se décida à poursuivre son chemin dans un couloir menant à une immense pièce : Lothos devait se trouver là-bas. Instinctivement il ressentait le danger. Plus il avançait, plus l'angoisse montait en lui.
- Docteur Wells enfin ! Mais que faisiez-vous ? Lothos est dans une rage folle !
Sam sursauta. Il se retourna et dévisagea l'homme qui lui parlait. C'était un homme grand, noir, plutôt costaud mais avec le même regard de bête traquée que les autres personnes qu'il avait jusque là croisées. Beckett baissa les yeux vers son badge : Thames.
- Thames… euh… j'allais voir Lothos justement… bredouilla Sam.
- Dans cette direction ? s'étonna Thames.
Sam se racla la gorge. Pourquoi diable mettait-il systématiquement les pieds dans le plat !?
Il prit un petit sourire entendu et déclara d'un ton qu'il espérait convaincant :
- Evidemment non pas dans cette direction ! Voyons Thames, je ne suis pas encore devenu complètement amnésique que je ne sache plus où se trouve Lothos. Passez devant, je vous suis.
Thames le regarda d'un air étonné mais ne posa pas d'autres questions, il partit dans la direction opposée, suivi de Sam.
Le docteur Beckett soupira.
- Me revoilà dans ce fichu ascenseur pour redescendre dans ce fichu couloir sans fin et je ne suis absolument pas plus avancé qu'il y a une heure, songea-til dépité.
Thames sortit de l'ascenseur et marcha à une allure folle. Sam devait presque courir pour suivre son rythme : il voulait de toute évidence éviter que Lothos ait un quelconque motif de désagrément contre lui. Ce comportement n'avait rien de rassurant.
Ils arrivèrent essoufflés devant une porte qui coulissa automatiquement : ils étaient attendus. La pièce était immense et un gigantesque ordinateur occupait tous les murs. Cela ressemblait à s'y méprendre à la pièce dévolue à Ziggy.
- J'ai retrouvé le Docteur Wells au deuxième niveau devant la cafétéria, balbutia Thames.
Sam esquissa un sourire. Sa méprise était plutôt risible : prendre une cafétéria pour le cœur même d'un centre de recherche détruisait toutes ses belles illusions sur ses pseudos dons de déductions.
Une voix glaciale et mécanique résonna : Lothos !
- Quelque chose vous amuse Dr Wells ? Vous n'ignorez pas à quel point j'exècre toute forme d'amusement !
Un ricanement sinistre s'éleva du fin fond de la pièce. Sam remarqua alors la présence d'un troisième homme, un vieillard avachi dans un fauteuil roulant. Il avait un regard mauvais et un rictus figeait son visage.
- Ce visage, pensa Sam, … je connais ce visage.
Lothos, interrompit ces pensées.
- Wells ! Je vous ai vu errer dans les couloirs alors que je vous ai expressément ordonné de surveiller Alia.
Le sang de Sam ne fit qu'un tour.
Oh bravo ! Comment avait-il pu oublier que Ziggy était partout, entendait et voyait tout, enregistrait chaque conversation. Lothos, création de son propre clone, était forcément programmé de la même manière !
- Je… je… bredouilla Sam, … une des portes était restée ouverte et…
Mais visiblement cet ordinateur avait l'égocentrisme en commun avec Ziggy, il ignora Sam et poursuivit.
- Vous devez mettre fin à mon problème de surdité !
Sam écarquilla les yeux.
- Certaines pièces comme vos appartements, la salle de Belzébuth restent hors de ma portée auditive. Je vous ordonne d'y mettre un terme dès ce soir !
Belzébuth ? Lothos devait désigner par ce nom l'ordinateur hors service qu'il avait découvert lors de ses investigations… Ces types là étaient complètement dingues ! Donner un nom de démon à un ordinateur !!! A ce point là de ses découvertes, ce n'était plus un mauvais pressentiment que le docteur Beckett avait : il était intimement persuadé d'être tombé dans une maison de fous dangereux !
Mais dans une certaine mesure, il était soulagé : Lothos n'avait probablement rien entendu de sa conversation avec Al, il ne serait d'ailleurs plus là pour en parler si cela avait été le cas.
- Je veillerais à réparer cela au plus vite, répondit Sam à Lothos comme un brave petit soldat. Et je veillerais par la même occasion à corriger quelques petites erreurs qui gâchent une si jolie personnalité, rajouta-t-il pour lui-même.
- Bon ! Passons aux choses sérieuses : cette petite pleurnicharde m'a encore trahie pour ce boy scout de Beckett ! Nous devons l'éliminer une fois pour toutes et Alia reste encore notre meilleure arme ! Une petite séance de torture devrait lui remettre les idées en place.
Sam tressaillit. Il se souvenait de la terreur qu'il avait lu dans les yeux d'Alia quand elle lui avait parlé de Lothos. Aujourd'hui il comprenait les sentiments de la jeune femme, il admirait la décision courageuse qu'elle avait prise en le suivant. Sa mission lui semblait claire : il était là pour sauver Alia, pour une raison qu'il ignorait encore il avait échoué lors de sa précédente tentative. Peut-être que s'ils retentaient une transmutation simultanée ils sauteraient encore une fois ensemble mais loin de Lothos. Al lui avait expliqué un jour qu'il pouvait s'écouler une semaine voire un mois entre deux sauts. Il en déduisait qu'Alia n'avait pas encore pris possession d'un autre corps, et qu'il lui était donc possible d'influer sur le lieu de sa transmutation. Comment ? Il n'en avait pas la moindre idée !
- Thames, repris Lothos d'un ton doucereux, avez-vous réfléchi au moyen de ramener cette idiote à la raison… La dernière idée que vous aviez eue était certes originale mais peut-être pas assez dissuasive…
Thames sourit de son ingéniosité passée.
- J'avais pensé revenir à la bonne vieille méthode de l'électricité. Elle a fait ces preuves, ajouta-t-il en jetant un regard sadique vers le vieillard.
Sam ne savait plus quelle attitude adopter, il n'y en avait visiblement pas un pour rattraper l'autre. Garder son sang froid devenait de plus en plus difficile : il avait une furieuse envie d'exploser cette saleté d'ordinateur en utilisant Thames comme projectile.
Il jeta un œil en direction du vieillard qui l'observait d'un air soupçonneux. Il ignorait qui il était et ce qu'il avait bien pu faire pour provoquer le courroux de Lothos mais il était persuadé qu'il était aussi tordu et malsain que les deux autres. Il devenait urgent de quitter ces malades et de réfléchir calmement au moyen de sauver Alia.
- Lothos, il me faudrait un plan détaillé de tout le complexe...
La réponse fusa, agressive.
- Pourquoi vous faut-il ce plan, Wells ?
- Pour votre problème auditif bien-sûr. Il faut que j'étudie précisément où….
- Vous n'en avez pas eu besoin jusqu'ici pour réparer le reste !
Sam soupira. Si Lothos discutait chacune de ses demandes cela lui demanderait un temps fou pour se sortir de ce guêpier et se transmuter ailleurs. La paranoïa était malheureusement un autre des points communs entre Lothos et Ziggy !
- C'est justement la raison pour laquelle j'ai omis certaines pièces de votre réseau auditif. Avec un plan détaillé je…
Un plan sortit des entrailles de l'ordinateur avant même que Sam ait achevé sa phrase. Exaspéré, il tendit la main et attrapa le précieux papier qui allait lui permettre de trouver ses appartements et de découvrir peut-être la personnalité du Dr Wells.
- Partez. Je dois discuter de détails techniques avec Thames au sujet d'Alia. Je veux que mon problème soit réglé dans les plus brefs délais sinon…
Le vieillard et Thames le regardèrent en souriant. Sam pouvait lire dans leurs yeux le mal à l'état pur. Il recula instinctivement vers la porte et sortit précipitamment. Il aurait voulu fuir, courir le plus vite et le plus loin possible de ce cauchemar mais l'image d'Alia se matérialisa devant ses yeux. Il devait la sortir de cet enfer !
Sam avait eu la présence d'esprit de demander à Lothos un plan sans que cela lui paraisse trop étrange. A présent il savait où il se trouvait et dans quelle direction aller.
La porte des appartements de Wells n'était visiblement pas aussi protégée que la cellule où se trouvait Alia, du moins de son point de vue. Comme pour l'ascenseur il lui suffit d'apposer sa main sur une partie déterminée du mur pour que la porte coulisse.
Sam jeta un regard circulaire sur la pièce dans laquelle il venait d'entrer. Le mobilier était sommaire : un lit, une table de nuit et un immense bureau croulant sous les papiers. Sam s'en étonna : sur son propre bureau il n'y avait rien qu'une photo ou deux (dont il avait bien entendu oublié les visages). Sa mémoire était photographique, il lui suffisait de lire une seule fois un rapport de mille pages pour le connaître quasiment mot à mot.
Il aperçut une autre porte à la droite du lit : probablement la salle de bain. Sam avança doucement vers la porte, la poussa. Il respira profondément et se plaça face au miroir.
L'image renvoyée provoqua en lui un mouvement de recul : il semblait si jeune ! Mais c'était lui, c'était le visage du Docteur Samuel Beckett ! Les cheveux étaient courts, châtains, le menton décidé… seul le regard exprimait le doute.
Beckett recula et s'assit sur le rebord de la baignoire. Ce visage était le sien mais sans l'être véritablement. Il se souvenait vaguement de ses 25 ans : il avait l'air bohème, rêveur, les cheveux mi-longs car il était toujours beaucoup trop occupé pour prendre le temps d'aller chez le coiffeur. Ses rêves d'absolu et de voyage dans le temps l'isolaient du reste du monde...
Les yeux de Sam se voilèrent et un sanglot mourut dans sa gorge. Il se tourna vers Al.
- Ca fait longtemps que tu es là ?
- Assez longtemps, murmura Al tristement.
Sam regarda son reflet dans la glace.
- J'avais oublié jusqu'à la couleur de mes cheveux, cette mèche blanche…souffla-t-il dans un murmure.
- Tu n'avais pas de cheveux blancs à 25 ans Sam… Ce n'est pas toi que tu vois, c'est le Docteur Wells. Et je t'assure que ce type là n'a rien à voir avec toi !
- Peut-être mais cela fait tellement longtemps que je n'ai pas vu mon visage. J'aimerais graver dans ma mémoire chacun des traits, chacune des expressions de ce visage qui est si semblable au mien.
Beckett se détourna du reflet et sortit de la salle de bain suivi de Al. Il s'assit au bureau et fit semblant de chercher un document. Al l'observait d'un oeil interrogateur.
- A quoi tu joues ?
- Mauvaise nouvelle : j'ai rencontré Lothos, cet ordinateur est pire que ce qu'on pouvait imaginer et, comme Ziggy, il peut tout voir et tout entendre dans ce complexe, y compris ici. Bonne nouvelle : il a un petit problème technique qui l'empêche d'entendre dans certaines pièces comme celle où nous avons discuté ce matin et cet appartement. Mais reste que Lothos continue à me voir, je préfère qu'il suppose que j'effectue je ne sais quel calcul. Me voir parler tout seul éveillerait ses soupçons.
Al acquiesça.
- Ziggy et moi avons fait quelques petites recherches en fonction de ce que le Docteur Wells a bien voulu nous révéler. Entre nous ton clone n'a pas l'air très équilibré, on a un mal fou à tirer quelque chose de cohérent de tout son charabia ! Enfin, Ziggy propose ce schéma à 90%. En 1993, soit deux ans avant ton premier saut, tu as dû présenter une nouvelle fois ton projet aux membres de la commission. Nous avons organisé une petite visite du complexe et présenté Ziggy. Bien-entendu ils étaient très intéressés par les rumeurs qui couraient alors sur une prétendue hybridation entre toi et ton ordinateur surpuissant. Suite à cette visite ils nous ont envoyés quelques scientifiques, programmateurs pour observer notre… enfin ton travail. Parmi eux, le professeur Saint Cloud qui travaillait alors sur un projet de clonage humain et était considéré comme un des plus à même de comprendre la complexité de tes diverses théories.
Sam sursauta.
- C'est lui que j'ai vu avec Lothos, un vieux dans un fauteuil roulant !
Al tira sur son cigare et poursuivit.
- Mouais m'étonnerait pas. Ce dingue nous avait pourri la vie pendant six mois et j'ai toujours soupçonné qu'il préparait un mauvais coup. Le soir du 8 août 1993 l'équipe avait décidé de fêter ton anniversaire et une explosion a eu lieu dans le laboratoire jouxtant la salle de Ziggy où se trouvaient les cellules de ton cerveau. Toi et moi, les seuls ayant connaissance de l'hybridation, avons cru qu'elles avaient été détruites. Ziggy évalue à 98,3% les chances que ces cellules aient été dérobées à ce moment là. Le clone a été créé à partir de tes cellules probablement dans le courant de l'année 1994, Wells a donc effectivement entre 15 et 16 ans. Il nous a confirmé ta théorie selon laquelle ils avaient accéléré sa croissance… selon lui pour qu'il puisse mettre en place le projet Lothos le plus vite possible.
- Mais enfin je ne comprends pas ! Pourquoi avoir créé un clone ! Il était sûrement plus simple de voler les bases de données, les plans ou que sais-je encore !
Al secoua la tête.
- Mais le problème c'est que la majeure partie du projet est dans ta tête et nulle part ailleurs. Personne d'autre que toi ne connaît le projet dans sa globalité. Le professeur Saint Cloud a dû se débrouiller pour récupérer le maximum d'infos, mais aussi malin soit-il il n'a pas un QI de 263 ! Ton clone si !
- C'est dément ! Il n'a que 15 ans ! Même s'il a l'air d'en avoir 25, ce n'est qu'un gosse !
- Justement. Il est plus facilement manipulable et impressionnable. Saint Cloud ne s'en est servi que comme d'un instrument, celui qui résolvait les énigmes et qui trouvait les solutions.
- Mais à 15 ans jamais je n'aurais résolu une seule des équations du projet quantum !
- Parce que tu étais un gosse élevé dans une ferme. Ce gamin a baigné dans la physique quantique toute sa vie. Il n'a été créé que dans un seul et unique but : assouvir la soif de pouvoir de Saint Cloud !
- Jolie réussite : la Créature a détruit Frankenstein.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je crois que Lothos a électrocuté Saint Cloud.
- Hmm, il règne une bonne ambiance ici… ça me rappelle mon troisième mariage… à moins que ce soit le deuxième …
Sam ignora intentionnellement l'amiral.
- Si mon clone a suivi le même raisonnement que moi, Lothos est forcément le résultat d'une hybridation.
- Comment elle s'appelait déjà ? Debra ? Ah non, elle je l'ai pas épousé. Ruthie ?
- A mon avis Wells a dû mélanger les cellules de son cerveau avec de l'ADN du professeur. Cela expliquerait la folie démoniaque de Lothos : le côté dégénérescent de Wells associé à l'amoralité de Saint Cloud.
- Non c'était Sharon ! Un tempérament du feu de Dieu !
- Al, grogna Sam exaspéré.
La télécommande multicolore entre les mains de Al émit des bruits affirmatifs.
- Quoi ?!! s'indigna l'amiral, eh Ziggy tu me prends pour qui ?!!! je sais encore le nom de ma deuxième femme !
Beckett leva les yeux au ciel.
- Mais qu'est-ce que je vous ai fait, implora-t-il.
Al pianota sur son terminal.
- Hey Sam, Ziggy pense avoir déterminé la raison qui t'amène ici.
Le docteur Beckett jeta un œil blasé en direction de Al.
- Mais je sais pourquoi je suis ici. Je dois sauver Alia.
- Ziggy estime à 97,9 % les chances que tu sois ici pour détruire Lothos.
- Tu n'es pas sérieux ? s'étrangla Sam.
Al observa son terminal et confirma.
- Ziggy dit que ta mission est de détruire, exterminer, occire, anéantir, éparpiller façon puzzle…
- Ok Ok, j'ai bien compris le sentiment général. Et peut-on savoir ce qui l'a amenée à cette conclusion définitive ?
Al haussa les épaules, regarda à nouveau son terminal qui clignotait furieusement.
- Hmm, alors je résume : Lothos est une abomination, blablabla… qui met en danger le reste de l'humanité, aime la tortu… la tortue ? Hein ? - Al donna une claque au terminal - la torture ! Bien-sûr ! Bref si tu veux libérer Alia qui est prisonnière de cette monstrueuse machine, de cette horreur… ça va Ziggy ! On a compris maintenant !… tu dois détruire Lothos.
- C'est complètement idiot ce raisonnement.
- Elle dit qu'elle est sûre du résultat à 99%.
- Ca reste stupide ! Comment croit-elle que je puisse m'y prendre pour détruire Lothos, s'en approcher relève déjà du miracle !?
- Ziggy dit que si tu as toutes les réponses, elle ne comprend pas pourquoi tu continues à lui poser des questions.
Sam dévisagea Al qui lui souriait d'un air contrit.
- D'accord. Quel est le problème ?
- Ziggy est en pleine dépression, depuis qu'elle sait qu'elle n'est plus le seul ordinateur issu du cerveau génial du Docteur Beckett elle est sur les nerfs… si je puis dire, pouffa l'amiral.
Sam ferma les yeux et posa son front contre le bureau.
- Ma vie est un cauchemar…, murmura-t-il.
Puis il leva les yeux vers Al et rajouta :
- Dis à Ziggy que je m'excuse, que son idée est sans aucun doute excellente mais que la mienne est bien plus facile à appliquer.
L'amiral fronça les sourcils. Les idées de Sam avaient tendance à l'effrayer ces derniers temps. Et le fait que Sam fuie à ce moment même son regard ne présageait rien de bon.
- Quelle idée ? demanda-il avec méfiance.
- Me glisser dans l'accélérateur temporel avec Alia.
Al manqua de s'étouffer avec la fumée de son cigare.
- Tu plaisantes ?!!, parvint-il à souffler entre deux quintes de toux. Tu as oublié qu'une seule personne peut se transmuter ? Tu as oublié toutes les recommandations que…
- Non. Je n'ai rien oublié. Je me souviens parfaitement de tout ça. Justement. En me mettant en danger je me transmuterai en même temps qu'Alia.
Al en échappa son cigare.
- Bon sang Sam ! Tu t'entends ?! Est-ce que cette fille vaut le coup de te sacrifier pour elle !
- Ce n'est ni à toi ni à moi de juger si elle le mérite ou non. Et puis elle m'a prouvé qu'elle n'était qu'une victime !
- Elle a essayé de te tuer !
- Elle ne l'a pas fait. C'est important pour moi Al, tu peux comprendre ça ? Elle est comme moi, elle ressent ce que je ressens, notre solitude est la même. Tout comme moi elle veut rentrer chez elle et si je peux le lui permettre je n'hésiterai pas une seule seconde… même si je dois me sacrifier pour ça.
- Et sacrifier le docteur Wells.
Sam fusilla Al du regard.
- Ce n'est pas mon intention.
- Tu peux m'expliquer comment tu vas t'y prendre pour te mettre en danger sans risquer la vie de ton double ? ironisa l'amiral.
- Je sais très bien ce que tu essaies de faire Al mais ça ne marchera pas.
- Je veux simplement que tu réfléchisses aux conséquences de tes actes non seulement pour les autres mais aussi pour toi ! Penses un peu à toi et arrêtes de te prendre pour le sauveur des opprimés !
L'amiral Calavicci, bien qu'assez caractériel, se mettait rarement en colère : Sam était une des rares personnes à provoquer chez lui des rages folles, peut-être aussi parce qu'il était son meilleur ami, sa seule famille. Mais cette fois ci Sam ne l'écouterait pas, sa décision était prise. Et Al le savait.
- On va chercher un autre moyen de sauver Alia, ne fais rien avant que je revienne.
- J'essaierai…
Al regarda une dernière fois Sam pour s'assurer de sa promesse et s'engouffra dans le rectangle lumineux.
Le docteur Beckett se décida à quitter sa chambre pour rejoindre Lothos, attendre plus longtemps aurait fini par éveiller ses soupçons. Tout en marchant vers sa sombre destination il étudia la situation.
Le plan détaillé du système de surveillance de Lothos était en tout point semblable à celui de Ziggy, s'en était troublant. Comme toujours dans ces moments là, Sam se souvenait parfaitement de ce dont il lui était nécessaire de se souvenir. Il savait peu de choses sur Lothos mais suffisamment pour avoir constaté l'absence totale de ce qui caractérisait Ziggy : l'éthique. En travaillant sur le projet Star Bright, le docteur Beckett avait imaginé un ordinateur d'une nouvelle génération qui aurait la faculté de rêver, de raisonner et de ressentir. Cependant il s'était vite rendu compte en donnant vie à ce projet du potentiel danger d'un tel ordinateur et avait donc ajouté un programme établissant certaines règles. Ziggy pouvait ainsi différencier le Bien du Mal. Finalement, l'essence même de Ziggy résidait dans ce petit programme que son clone avait omis, intentionnellement ou non, d'intégrer à Lothos. Et si on ajoutait à cela la personnalité de ses deux géniteurs… tout devenait limpide !
La paranoïa de Lothos l'avait probablement poussé à restreindre le personnel à cet étage se dit Sam avançant dans le dédale des couloirs, toujours déserts. Cela expliquait aussi pourquoi lui, brillant physicien, était assigné à une tâche aussi insignifiante que la réparation d'un système de surveillance. Apparemment l'entourage de Lothos se résumait à un vieillard infirme et dément, un tortionnaire sadique et un gamin dans un corps d'adulte. Pourtant il s'étonnait au moins d'une absence : l'hologramme d'Alia. Lothos avait probablement considéré qu'elle était en partie responsable de la trahison de sa voyageuse temporelle et peut-être se trouvait-elle auprès de Thames. Il espérait que ce soit le cas, il espérait qu'Alia n'avait pas encore quitté sa cellule pour la salle des tortures.
Il pénétra dans l'immense pièce où se trouvait le despotique ordinateur. La voix métallique le surprit une fois de plus.
- Alors Wells, tous ces conciliabules avec vous-même vous ont-ils aidé à trouver la solution à mon problème ?
- Quels conciliabules ? s'étonna Sam.
- Je n'ai plus le son mais j'ai toujours l'image, ironisa Lothos. Vous parlez de plus en plus souvent tout seul, sans doute une autre conséquence malheureuse de votre clonage, je me demande comment vous êtes finalement parvenu à créer un ordinateur aussi génial avec un cerveau aussi détraqué.
Visiblement Lothos était d'humeur taquine.
Sam regarda alentours : il était seul dans l'immense salle. Il nota la présence de deux portes dans le fond de la pièce, une passerelle inclinée donnant sur chacune d'elles. Elles devaient correspondre avec le caisson holographique et l'accélérateur temporel. Tout était là à sa disposition, il ne lui restait plus qu'à ramener Alia ici, trouver un moyen de lancer l'accélérateur, s'introduire dedans avec Alia et… et finalement il se demanda si l'idée de Ziggy n'était pas plus simple à réaliser !
Sam avança vers Lothos et entra les données nécessaires à la restauration complète du programme de surveillance du complexe. Cela n'avait rien de bien compliqué, Lothos aurait très bien pu se reprogrammer lui-même.
A peine avait-il achevé l'opération que Thames pénétra dans la pièce, il avait l'air plutôt satisfait de lui : un sourire sadique barrait son visage.
- Alors Thames ? De nouvelles idées ?, demanda l'ordinateur d'un ton parfaitement neutre.
- Plutôt oui ! Je crois même que cela pourrait être très amusant. Oh bien-sûr ça n'égale pas la chaise électrique de la dernière fois ou même les électrochocs de l'avant dernière mais ce sera sûrement distrayant…
Au mot " électrochoc ", Sam failli défaillir. Il passa machinalement la main sur sa tempe… Avait-il vécu lui-aussi une expérience de ce genre ? Il frissonna. Pour la première fois il était heureux d'avoir le cerveau en gruyère !
- J'ai songé, poursuivit Thames, que nous pourrions envoyer Alia faire un petit tour en prison, hmm, disons dans les années soixante-dix ?
- Excellente suggestion ! Une petite semaine de repos bien mérité dans un cadre de vie paradisiaque devrait faire réfléchir notre voyageuse temporelle préférée.
Beckett saisit au vol la conversation, plongé dans ses pensées : il réalisa soudain ce que la conversation entre Thames et Lothos sous-entendait. Contrairement à ce qu'il avait imaginé, Alia n'était pas prisonnière du Temps comme lui, mais de Lothos. Cet ordinateur pouvait contrôler les sauts, il décidait du moment, du lieu et de la destination corporelle ! Mon Dieu ! Son clone avait réussi là où lui, Sam Beckett, prix Nobel de physique, avait échoué par excès d'impatience.
Sam n'écoutait plus les diaboliques desseins de Thames et Lothos. Il analysait la situation dans laquelle il se trouvait : Alia et lui ne s'étaient pas transmutés ensemble mais on lui donnait la possibilité de réparer ses erreurs passées, une fois de plus. S'il se glissait dans l'accélérateur, au pire il suivrait Alia, au mieux il rentrerait chez lui avec elle. La violence d'une transmutation à deux dans l'accélérateur temporel qui n'était prévu que pour un et les liens qui le liaient à son double augmentaient ses chances de regagner son propre corps. Le corps d'Alia suivrait naturellement le sien.
- Thames ! Amenez Alia dans l'accélérateur, dites à Zoé de regagner le caisson holographique. Wells, passez au poste de contrôle n°1, vous lancerez la séquence C3PO-R2D2.
Les événements se précipitaient et Al n'avait toujours pas réapparu. Sam n'avait plus le choix. D'une manière ou d'une autre il devrait rejoindre Alia au centre de l'accélérateur temporel.
Il s'engagea rapidement sur la passerelle qui conduisait à l'une des deux portes qu'il avait repéré, en priant pour que ce soit la bonne. La porte s'ouvrit sur une salle circulaire rouge et blanche au centre de laquelle trônait un disque argenté : l'accélérateur quantique. Tout autour de ce disque étaient, à bonne distance, disposés les postes de contrôle : Sam se plaça devant le premier. Quatre personnes entrèrent. Une grande rousse vêtue d'une robe violette ultra moulante (Al aurait adoré !), une petite brune en costume strict et un grand blond au physique de surfeur. La quatrième personne était le vieillard sarcastique. Finalement cet étage n'était pas aussi désert qu'il lui avait semblé.
Thames, toujours aussi prompt, entra à son tour accompagné d'Alia. Elle tenait à peine sur ses jambes, ses yeux étaient mis-clos. Thames la traîna au centre du disque argenté et se plaça derrière le sixième poste de contrôle.
- Pauvre gosse ! Qu'est-ce que ces sales types lui ont fait subir !!!
Sam faillit avoir une crise cardiaque : l'amiral ne perdrait donc jamais cette sale manie d'arriver sans prévenir !
- Al ! commença-t-il.
Al mit un doigt sur sa bouche pour lui intimer le silence.
- N'oublie pas que Lothos t'entend… Ca serait dommage de se faire repérer si près du but. Ecoute les dernières extrapolations de Ziggy. Rassures toi, Verbeena est passée discuter avec elle et elle a l'air de mieux vivre sa petite névrose.
Sam prit un air étonné.
- Verbeena ? La psy du centre ! Tu ne te souviens pas ? Non ? Peu importe. Ziggy estime que ton idée a des chances de réussir à 89 %. D'après les informations que le docteur Wells nous a fourni, à contre-cœur, Lothos contrôle les sauts. C'est toi, enfin Wells, qui habituellement entre les séquences des sauts. Tu ne peux pas changer cette séquence, par contre tu peux intervertir les deux dernières données, ainsi Alia se transmutera bien à l'endroit voulu par Lothos mais pas dans la bonne personne. Lothos s'en apercevra immédiatement mais il ne pourra pas interrompre la transmutation sans risquer de tuer Alia. Normalement il la repère grâce à ses ondes cérébrales. Moi et Ziggy allons d'ici là chercher un moyen pour brouiller ces ondes, en espérant que tu te transmutes bien avec elle, nous pourrons peut-être la sauver. Evidemment si tu te transmutes ailleurs…
Sam fit signe qu'il avait compris. Il ne pouvait pas expliquer à Al qu'il espérait se transmuter dans son propre corps et entraîner Alia avec lui. De toute manière cela n'aurait pas changé grand chose qu'il le sache et les chances que cela arrive étaient infinitésimales.
La voix de Lothos s'éleva, autoritaire.
- Vous êtes prêts ! Docteur Wells, entrez la séquence C3PO-R2D2…
Sam tapa lentement sur l'écran du poste 1 : C3 PO-D2R2.
- Bien Sam, murmura Al, espérons que Wells ne nous a pas menti.
Sam jeta un regard inquiet vers son ami. Il jouait peut-être sa vie sur la parole d'un homme en lequel ils n'avaient aucune confiance. Mais il n'avait malheureusement pas le choix.
Une lumière rouge envahit la salle, un vent glacial leur traversa le corps : la machine était lancée. Alia, surprise par la violence du choc, commença à hurler, son corps agité de spasmes. Elle semblait comme foudroyée par une force invisible.
- Sam ! Maintenant ! cria Al.
Beckett s'écarta du poste 1 et avança le plus rapidement possible vers le centre de l'accélérateur, mais ses mouvements étaient entravés par la brutalité des éléments. Il entendait la voix de Lothos dans le lointain.
- Wells !!!! Eloignez-vous ! Thames faites quelque chose !!!
Sam redoubla ses efforts et monta sur le disque argenté, prenant Alia dans ses bras. Elle le regarda surprise et murmura :
- Sam ?
- Lothos !!! Ce n'est pas Wells, c'est Beckett ! Arrêtez tout, nous tenons Beckett !!! hurla Thames.
Mais il était déjà trop tard. La lumière rouge disparut, les vents tourbillonnants cessèrent. Sur le sol un seul corps : celui du Docteur HG Wells.
Sam flottait dans un univers ouaté. Il ne sentait plus son corps… mais il se souvenait. De tout. De son enfance dans l'Indiana, de Donna, de son frère Tom, de sa passion pour les tartes aux pêches… A cet instant précis, il était de nouveau et presque totalement Sam Beckett, le plus brillant scientifique depuis Einstein, un homme perdu dans le temps, prisonnier de sa propre invention.
Et chaque fois, il ne pouvait s'empêcher de poser toujours la même question, en sachant pertinemment qu'il n'obtiendrait jamais de réponse :
- Quand vais-je enfin rentrer chez moi ?
- C'est à vous de décider Docteur Beckett répondait une voix dans le lointain. Etait-ce sa propre voix ?
- Pourquoi répondez-vous toujours à mes questions par d'autres questions ?
- Parce que vous seul avez les réponses Sam… et que vous refusez de reconnaître que vous êtes seul maître de vos sauts.
- Vous me laisserez rentrer chez moi ?
- Vous rentrerez quand vous l'aurez décidé, répéta la voix.
Sam sourit.
- Alors je rentre !
Mais soudain il se souvint.
- Alia ! Je ne peux pas l'abandonner maintenant, souffla tristement Sam conscient de ce que ces paroles signifiaient pour lui.
Un halo bleu l'entoura et il se transmuta.
Fin
La suite dans Le retour du mal, seconde partie
(Evil leaper 2)
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